Rédigé par Katte Yato
Publié : 25 septembre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture de l’anacarde en Côte d’Ivoire repose sur un verger d’environ 1 400 000 hectares conduit par près de 450 000 producteurs, pour un rendement moyen de seulement 590 kg de noix brutes par hectare selon le Conseil International Consultatif du Cajou. Le pays est premier producteur et premier exportateur mondial de noix de cajou depuis 2015. Le prix bord champ de la campagne 2026 a été fixé à 400 FCFA le kilogramme. L’enjeu n’est donc plus de planter davantage, mais de faire produire le verger existant : densité maîtrisée, arbres bien charpentés et fertilisation raisonnée permettent de viser 1 à 2 tonnes par hectare au lieu de 350 à 500 kg.

La filière anacarde ivoirienne en chiffres

Le Conseil International Consultatif du Cajou recense 968 676 tonnes de noix brutes commercialisées en 2021, un verger estimé à 1 400 000 hectares et environ 450 000 producteurs, dont 17 % de femmes. Le rendement moyen national reste faible, à 590 kg par hectare.

La transformation locale progresse mais reste minoritaire : 224 036 tonnes de noix brutes transformées sur le territoire en 2023, réparties sur 46 unités installées. La même année, 719 900 tonnes de noix brutes ont été exportées, à un prix bord champ moyen de 353 FCFA le kilogramme.

La progression des surfaces a été spectaculaire. La Chambre d’Agriculture de Côte d’Ivoire rappelle que le verger couvrait 8 220 hectares en 1970, 265 650 hectares en 2000, 420 000 hectares en 2005 et 450 000 hectares en 2008-2009. Cette expansion s’est faite par extension des surfaces, rarement par intensification, ce qui explique le rendement moyen actuel.

Les zones de production couvrent le centre, le nord, le nord-est et le nord-ouest : Béré, Denguélé, Savanes, Worodougou, Vallée du Bandama, Zanzan, Haut Sassandra et Bafing. L’anacardier y joue le même rôle structurant que le cacao dans le sud forestier, dont nous détaillons la conduite dans notre guide sur la culture du cacao.

Climat, sol et zones favorables

L’anacardier est une espèce de savane. Il supporte une saison sèche marquée, ce qui le rend adapté aux régions de centre et de nord où le cacaoyer et l’hévéa ne peuvent pas s’installer. Il demande en revanche des sols profonds et bien drainés : l’arbre développe un pivot puissant, et tout horizon compact ou engorgé limite durablement sa croissance.

La floraison et la nouaison sont les phases les plus sensibles. Les travaux de Sanoko et ses collègues dans la région du Poro montrent qu’une pluviométrie modérée avant la floraison favorise la productivité, tandis que des pluies abondantes pendant la floraison perturbent la fécondation. Ce point explique une large part de la variabilité observée d’une année à l’autre.

Pour une évaluation de la vocation réelle d’une parcelle avant plantation, notre équipe intervient en conseil et ingénierie agricole, du diagnostic de sol au plan de plantation.

Pomme de cajou et noix en formation sur une branche d'anacardier

Installer le verger : matériel végétal, densité et écartement

La densité de référence retenue par la Chambre d’Agriculture de Côte d’Ivoire est de 100 pieds par hectare, ce qui correspond à un écartement de 10 mètres sur 10 mètres. Cette densité paraît faible, mais elle correspond à la surface qu’un anacardier adulte occupe réellement lorsqu’il est bien conduit.

Ce point est essentiel et trop souvent négligé. L’étude menée dans le Poro sur 476 arbres répartis dans 12 vergers établit que la densité de plantation est corrélée négativement au rendement par arbre, alors que l’envergure du houppier y est corrélée positivement, avec un coefficient de détermination de 0,48 en 2023. Autrement dit, un verger trop dense produit moins : les houppiers se concurrencent, s’étiolent et ne fructifient plus qu’en périphérie.

Trois règles pratiques en découlent :

Sur les vergers déjà denses, la suppression d’un arbre sur deux en quinconce reste la correction la plus efficace, même si elle est psychologiquement difficile à accepter.

Entretien : désherbage, taille et fertilisation

L’entretien courant repose sur le maintien d’une couronne propre à l’aplomb du houppier, le nettoyage des lignes avant la récolte pour faciliter le ramassage des noix, et une taille de formation les premières années pour obtenir un tronc unique et une charpente équilibrée.

La fertilisation est le levier le plus rentable et le moins pratiqué. L’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin a publié en mars 2018 une fiche technique de fertilisation des anacardiers qui donne des doses précises par classe d’âge.

Pour les arbres de 7 à 9 ans, la formule recommandée est N12P12K25 à raison de 1 kg par arbre et par an. Chaque kilogramme se compose de 544 g d’urée à 46 % d’azote, 544 g de triple super phosphate à 46 % de P2O5 et 1 000 g de sulfate de potassium à 50 % de K2O.

Pour les arbres de 3 à 5 ans, la formule est N15P15K17 à raison de 0,80 kg par arbre et par an, soit 580 g d’urée, 580 g de triple super phosphate et 533 g de sulfate de potassium par kilogramme.

L’apport se fait dès l’installation effective des pluies, au cours des mois de juin et de juillet, dans des sillons peu profonds de 5 cm creusés à l’aplomb du houppier puis refermés. Les gains de rendement mesurés par l’INRAB atteignent 39 à 160 % sur les arbres de 7 à 9 ans et 11 à 82 % sur les arbres de 3 à 5 ans.

Ces formules se reconstituent à partir d’engrais simples disponibles sur le marché régional. Notre guide des engrais NPK, foliaires et organiques détaille les équivalences, et notre service de fertilisation et nutrition végétale accompagne la mise en place des plans de fumure sur verger.

Rendement : pourquoi 590 kg par hectare et comment faire mieux

Le rendement moyen national de 590 kg par hectare doit être comparé au potentiel. La Chambre d’Agriculture retient un potentiel de 1,1 à 2 kg de noix par arbre, soit 1,1 à 2 tonnes par hectare à 100 arbres par hectare. L’écart entre le réalisé et le potentiel est donc d’un facteur deux à trois.

Les mesures conduites dans le Poro en 2022 et 2023 éclairent cet écart. La production par arbre s’étalait de 0 à 14,21 kg en 2022, pour une moyenne de 2,87 kg, et de 0 à 20,88 kg en 2023, pour une moyenne de 5,78 kg. L’amplitude entre arbres d’un même verger est donc énorme, ce qui confirme que le matériel végétal non sélectionné pèse lourd.

L’âge joue également. Toujours dans le Poro, les arbres de 3 à 10 ans produisaient 2,6 kg par arbre en 2022 et 4,51 kg en 2023, ceux de 11 à 15 ans 2,9 puis 5,94 kg, et ceux de plus de 15 ans 3,05 puis 6,75 kg. La pleine production s’installe donc tardivement, et un verger jeune ne doit pas être jugé sur ses premières campagnes.

Les auteurs situent les rendements des vergers ivoiriens entre 350 et 500 kg par hectare, contre environ 1 000 kg par hectare en Inde, au Brésil et au Vietnam. L’écart tient moins au climat qu’à la conduite : sélection du matériel végétal, densité, taille et fertilisation.

Pommes de cajou rouges et jaunes mûres portant leur noix

Récolte, séchage et qualité des noix

La récolte consiste à ramasser les noix tombées au sol, séparées de la pomme de cajou, puis à les sécher jusqu’à un taux d’humidité permettant la conservation. Le ramassage doit être fréquent : une noix qui reste au sol sous la pluie se dégrade vite.

La qualité se mesure principalement par l’outturn, indicateur du rendement au décorticage utilisé par les acheteurs. La Chambre d’Agriculture de Côte d’Ivoire situe l’outturn du cajou ivoirien entre 44 et 49. C’est ce paramètre, bien plus que le volume livré, qui détermine la position de négociation du producteur.

Les pertes après récolte restent significatives, estimées entre 10 et 15 % de la production par la même source. Elles se jouent sur trois points : la fréquence du ramassage, la qualité du séchage et les conditions de stockage. Un magasin ventilé, sur palettes, à l’abri des remontées d’humidité, suffit à supprimer une bonne part de ces pertes.

Économie de la campagne et débouchés

Le prix bord champ est fixé chaque année par l’État. Pour la campagne 2026, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Production vivrière, Koné Nabagné Bruno, a annoncé le 6 février 2026 un prix bord champ de 400 FCFA le kilogramme, en baisse de 25 FCFA par rapport à la campagne précédente. En novembre 2025, le Conseil du coton, de l’anacarde et du karité avait rappelé qu’un plancher de 350 FCFA le kilogramme devait être respecté par tous les acteurs.

À 400 FCFA le kilogramme, l’arithmétique est simple. Un verger à 500 kg par hectare dégage 200 000 FCFA de produit brut par hectare. Le même verger conduit à 1,2 tonne par hectare dégage 480 000 FCFA. Le surcoût de la fertilisation, de l’ordre de 1 kg d’engrais reconstitué par arbre et par an sur 100 arbres, reste très inférieur à ce différentiel, ce qui explique les taux de retour élevés relevés par l’INRAB.

La transformation locale constitue l’autre levier de valeur. Avec 224 036 tonnes transformées sur le territoire en 2023 pour 719 900 tonnes exportées brutes, la marge de progression reste importante, et les unités de décorticage cherchent des approvisionnements réguliers et de qualité homogène.

Pour situer l’anacarde dans l’ensemble des filières nationales, voir notre panorama de l’agriculture en Côte d’Ivoire et notre dossier sur la culture du palmier à huile, autre culture pérenne à cycle long.

Questions fréquentes

Quel est le rendement moyen de l’anacarde en Côte d’Ivoire ?

Le Conseil International Consultatif du Cajou retient un rendement moyen national de 590 kg de noix brutes par hectare. Les travaux menés dans la région du Poro situent les vergers entre 350 et 500 kg par hectare, contre environ 1 000 kg par hectare en Inde, au Brésil et au Vietnam.

Quelle densité de plantation faut-il respecter pour l’anacardier ?

La densité de référence est de 100 pieds par hectare, soit un écartement de 10 mètres sur 10 mètres. Les mesures conduites dans le Poro montrent que la densité est corrélée négativement au rendement par arbre : planter plus serré réduit la production.

À partir de quel âge un anacardier atteint-il sa pleine production ?

La production augmente avec l’âge de l’arbre. Dans la région du Poro, les arbres de 3 à 10 ans produisaient 4,51 kg par arbre en 2023, ceux de 11 à 15 ans 5,94 kg et ceux de plus de 15 ans 6,75 kg. Un verger ne doit donc pas être jugé sur ses premières campagnes.

Quel engrais apporter à un anacardier et à quelle dose ?

Selon la fiche technique de l’INRAB de mars 2018, les arbres de 7 à 9 ans reçoivent 1 kg par arbre et par an de formule N12P12K25, et les arbres de 3 à 5 ans 0,80 kg par arbre et par an de formule N15P15K17. L’apport se fait en juin et juillet, dès l’installation des pluies, dans des sillons de 5 cm à l’aplomb du houppier.

Quel est le prix bord champ de la noix de cajou en 2026 ?

Le prix bord champ de la campagne 2026 a été fixé à 400 FCFA le kilogramme, annoncé le 6 février 2026 par le ministre de l’Agriculture. Il s’agit d’une baisse de 25 FCFA par rapport à la campagne précédente.

Combien de producteurs vivent de l’anacarde en Côte d’Ivoire ?

Environ 450 000 producteurs exploitent le verger national, dont 17 % de femmes, sur une surface estimée à 1 400 000 hectares.

Sources

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