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Publié : 23 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

Cette fiche technique banane plantain réunit l’itinéraire complet de la culture du bananier plantain (Musa AAB) en Afrique de l’Ouest et du Centre, du choix du matériel de plantation jusqu’à la récolte du régime. Les repères essentiels : un premier cycle de 11 à 12 mois, une densité de 1 667 à 2 500 plants par hectare, un besoin en eau de l’ordre de 5 mm par jour et un rendement qui va de 5 à 10 t/ha en culture paysanne traditionnelle à plus de 30 t/ha en conduite intensive irriguée. Chaque chiffre provient d’une source citée en fin de fiche : CARBAP, CNRA, IITA, CIRAD, FAO, INIBAP (aujourd’hui Bioversity) et publications universitaires.

Troisième culture vivrière de Côte d’Ivoire après l’igname et le manioc, le plantain est aussi un féculent de base au Cameroun. C’est une plante exigeante, très sensible au manque d’eau, aux nématodes, au charançon et à la cercosporiose noire : la plupart des échecs viennent d’un matériel de plantation contaminé.

Fiche technique banane plantain en résumé

Paramètre Valeur de référence
Groupe génomique AAB (types French, Faux Corne, Vrai Corne) ; hybrides AAAB ou ABBB
Température Optimum vers 27 °C ; croissance correcte entre 16 et 38 °C (FAO, bananier)
Eau 1 200 à 2 200 mm par an selon le climat ; 2 000 à 2 500 mm de pluie pour une culture pluviale (FAO)
Sol Profond, bien drainé, riche en matière organique, pH 5 à 7, non salin
Matériel de plantation Rejets baïonnettes parés et désinfectés, vivoplants ou PIF
Trou de plantation 40 × 40 × 40 cm (CNRA)
Densité 1 667 plants/ha (3 m × 2 m) à 2 500 plants/ha (2 m × 2 m)
Floraison 7 à 9 mois après plantation
Récolte Environ 80 jours après la floraison, soit 11 à 12 mois après plantation
Rendement 5 à 15 t/ha en milieu paysan ; 19 à 38 t/ha en station selon le cultivar

Climat, sol et eau : les exigences du plantain

La fiche « Banana » de la FAO, valable pour l’ensemble des bananiers, donne un optimum d’environ 27 °C et une croissance correcte entre 16 et 38 °C. La plante demande au moins 60 % d’humidité relative ; au-delà de 4 m/s, le vent provoque des pertes.

Côté eau, la FAO chiffre les besoins annuels à 1 200 mm en zone tropicale humide et jusqu’à 2 200 mm en zone tropicale sèche. Pour une culture sans irrigation, il faut idéalement 2 000 à 2 500 mm de pluie bien répartie. D’où la concentration du plantain dans la zone forestière humide. Sous 1 000 mm de pluie par an, les pertes de rendement peuvent atteindre 80 % (Université Peleforo Gon Coulibaly, 2024).

Le sol idéal est profond, bien drainé et riche en matière organique, avec un pH de 5 à 7 et une conductivité de l’extrait de sol inférieure à 1 dS/m (FAO). Les racines prélèvent 60 % de l’eau dans les 30 premiers centimètres : un sol compact ou engorgé pénalise vite la culture.

Choisir le cultivar : French, Faux Corne et hybrides

Les plantains d’Afrique de l’Ouest et du Centre appartiennent au groupe AAB, avec les types French, Faux Corne et Vrai Corne. En Côte d’Ivoire, l’inventaire publié en 2017 (Thiémélé et al.) a recensé 88 variétés locales, en majorité Faux Corne. Le CARBAP, l’IITA et la FHIA ont créé des hybrides résistants à la cercosporiose noire.

Cultivar Repère publié Source
Corne 1 (AAB, Faux Corne) Plus de 80 % de la production ivoirienne ; 19,2 t/ha à 2 500 plants/ha ; régime d’environ 8 kg CNRA, 2015 et 2021
Orishele (AAB) 23,2 t/ha à 2 500 plants/ha ; régime de 11,3 kg en moyenne CNRA, 2015
PITA 3 (hybride ABBB) 35,6 t/ha en station ; 7 à 15 t/ha en milieu paysan ; cycle précoce de 10 mois ; résistant à la cercosporiose CNRA
FHIA 21 (hybride AAAB) 38,1 t/ha à 2 500 plants/ha ; régime d’environ 16 kg CNRA, 2015
CRBP 39 (hybride tétraploïde) Très résistant à la maladie des raies noires ; seul hybride recommandé pour la diffusion dans l’essai de Njombé CARBAP, 2007

Les hybrides portent des régimes plus lourds et supportent mieux la maladie ; avant d’en planter un hectare, testez-les sur quelques dizaines de pieds et vérifiez l’accueil de vos acheteurs. Voir aussi banane plantain ou banane : différences.

Matériel de plantation : rejets, vivoplants et PIF plants issus de fragments de tiges

Les rejets de vieilles parcelles transportent nématodes et larves de charançon ; autour de Yaoundé, des rejets sains sont difficiles à trouver (CARBAP, CIRAD).

Rejets : parer et désinfecter avant plantation

Choisissez des rejets baïonnettes de 50 à 150 cm (CNRA). Coupez les racines et parez le bulbe au couteau pour éliminer les œufs et les larves de charançon ; écartez les rejets trop atteints (INIBAP). Selon l’IITA (Coyne et al.), tremper ensuite les rejets parés 20 à 30 secondes dans l’eau bouillante ramène les populations de nématodes à moins de 1 % de celles des rejets non traités, sans nuire à la reprise. Le traitement à l’eau chaude classique (52 à 55 °C pendant 15 à 27 minutes, selon l’INIBAP) élimine bien les nématodes mais seulement un tiers environ des larves de charançon : le parage reste indispensable.

La technique PIF, pas à pas

Les PIF, ou « plants issus de fragments de tiges », sont une technique de multiplication horticole mise au point au CARBAP de Njombé (Kwa, 2003). Elle active les bourgeons dormants du bulbe dans un germoir, sans laboratoire. Étapes selon le manuel de l’IITA :

  1. Prélever des rejets sains entre la floraison et la récolte de la plante mère, couper le pseudo-tronc.
  2. Nettoyer le bulbe : retirer racines et terre, peler les gaines foliaires, tremper 20 minutes dans une solution fongicide, puis laisser sécher 24 heures.
  3. Fragmenter le méristème apical en 2 ou 4 parts dans le sens de la longueur, ou le scarifier.
  4. Placer les fragments, face coupée vers le haut, dans un germoir rempli aux trois quarts de sciure fine stérilisée à la vapeur, sous au moins 50 % d’ombrage.
  5. Sevrer les pousses secondaires au stade 2 à 3 feuilles, les repiquer en sachets (terre, sciure et compost 6:3:1) et les acclimater 3 à 6 semaines à l’ombre.

Le cycle complet dure 12 à 18 semaines (IITA), contre 13 à 18 mois pour obtenir quelques rejets au champ (Université Jean Lorougnon Guédé, 2017). Au CARBAP, les fragments de plantain ont donné 10 à 20 pousses chacun en 30 à 40 jours. Selon un bilan de projets au Cameroun (2010), les plants PIF coûtent plus cher que les rejets mais restent abordables pour les petits producteurs.

Densité plantain par hectare et mise en place

La FAO donne 400 à 2 500 plants/ha pour les bananiers. Pour le plantain, les essais publiés resserrent les repères :

Écartement Densité Source et résultat
3 m × 3 m 1 111 plants/ha IITA, écartement courant pour la plupart des variétés
3,5 m × 2 m Environ 1 428 plants/ha IRFA, Njombé (Cameroun) : 25 à 28 t/ha sur deux cycles avec un type French
3 m × 2 m 1 667 plants/ha CNRA : densité conventionnelle, régimes les plus lourds
2 m × 2 m ou lignes jumelées 2 500 plants/ha CNRA : meilleur rendement à l’hectare, cycle allongé d’environ 9 jours

À Azaguié, passer de 1 667 à 2 500 plants/ha a réduit le poids du régime mais augmenté le rendement à l’hectare des quatre cultivars testés (CNRA). En milieu paysan, les densités sont souvent bien plus faibles : 650 à 1 050 pieds/ha dans le Sud-Ouest camerounais (CIRAD).

Trouaison et plantation

Le CNRA creuse des trous de 40 × 40 × 40 cm ; l’IITA recommande au minimum 30 × 30 × 30 cm, remplis de compost ou de fumier bien décomposé. Dans les essais ivoiriens du CNRA, chaque pied reçoit 80 à 133 g de phosphate tricalcique et 100 à 167 g de dolomie, à la plantation ou dans la semaine qui suit. Une fois le trou refermé, le collet ne doit pas se trouver à plus de 15 cm sous la surface (Direction de l’agriculture de Polynésie française). Sans irrigation, calez la date de plantation pour que la floraison ne tombe pas en pleine saison sèche.

Irrigation du bananier plantain

Le plantain consomme environ 5 mm d’eau par jour (Lassoudière, cité par l’Université Peleforo Gon Coulibaly) ; la FAO donne 5 à 6 mm/jour au maximum. Le rendement chute plus vite que l’eau manque : ne laissez pas le sol perdre plus de 35 % de sa réserve utile (FAO).

Stade (première année) Coefficient cultural (Kc)
Initial 0,5
Mi-saison 1,1
Fin de cycle 1,0
Repousses (deuxième année), mi-saison 1,2

L’intervalle entre deux irrigations va de 3 jours sur sol léger à 15 jours sur sol argileux (FAO). À Korhogo, dans le nord ivoirien, 85 % des plants non irrigués sont morts ; le meilleur régime testé était de 15 litres par pied, 5 fois par semaine. Dans l’essai du CNRA à Tiassalé, le goutte à goutte apportait 7 mm par jour, 5 fois par semaine.

Le goutte à goutte convient au plantain : il ne mouille pas le feuillage et permet de fractionner l’engrais. Pour les sites isolés, notre article entretien du pompage solaire d’une plantation de plantain détaille le suivi semaine par semaine.

Engrais banane plantain : besoins et programmes publiés

Pour le bananier en général, la FAO estime les besoins annuels à 200 à 400 kg d’azote, 45 à 60 kg de phosphore et 240 à 480 kg de potassium par hectare. Le potassium est l’élément le plus demandé. Les programmes publiés pour le plantain donnent des doses par pied :

Source Fond Entretien
CNRA, Azaguié (2015) 100 g de dolomie et 80 g de phosphate tricalcique par pied, une semaine après plantation ; 100 g de dolomie 6 mois plus tard 30 g d’urée et 70 g de chlorure de potassium par pied et par mois, de J21 à 9 mois
CNRA, Tiassalé (2021) 166,6 g de dolomie et 133 g de phosphate tricalcique par trou 22 g d’urée et 55 g de chlorure de potassium par pied et par mois, de 2 mois jusqu’à la floraison
IRFA, Njombé, Cameroun (1976) — Par pied et par cycle : 270 g d’azote en 9 apports et 650 g de K₂O
Université Peleforo Gon Coulibaly (2024) — 50 g de NPK 15-15-15 par pied et par mois

À 2 500 pieds/ha, le programme de Tiassalé représente environ 55 kg d’urée et 137 kg de chlorure de potassium par mois. Ajustez ces doses selon une analyse de sol. Sous goutte à goutte, les apports peuvent passer par le réseau en fertirrigation.

Entretien de la bananeraie

Repères tirés de la fiche bananier de la Direction de l’agriculture de Polynésie française (2018) et des essais du CNRA :

Charançon et cercosporiose noire : les menaces majeures

Charançon du bananier (Cosmopolites sordidus)

Selon l’INIBAP (Gold et Messiaen), les plantains sont les bananiers les plus sensibles au charançon. L’adulte noir de 10 à 15 mm vole rarement et se propage surtout par les rejets infestés. Les larves creusent le bulbe : racines affaiblies, floraison retardée, pieds cassés ou versés. Dans un essai cité, les pertes sont passées de 5 % sur la plante mère à plus de 40 % au troisième rejet.

La lutte repose sur un matériel sain, la destruction des résidus de récolte et le piégeage avec des morceaux de pseudo-tronc. Les champignons Beauveria bassiana et Metarhizium anisopliae tuent plus de 90 % des adultes en laboratoire, mais leur emploi au champ reste à mettre au point. Le charançon a développé des résistances à la plupart des familles d’insecticides : ne traitez qu’avec un produit homologué dans votre pays, en respectant l’étiquette et l’équipement de protection.

Nématodes

Radopholus similis est le nématode le plus dommageable relevé par le CIRAD dans le Sud-Ouest camerounais ; il détruit les racines et fait verser les pieds. Le CNRA cite des pertes de 30 à 75 % avec de vieux rejets. À Tiassalé, Corne 1 en culture continue sans nématicide est tombé à 13,1 t/ha au troisième cycle, contre environ 34 t/ha en replantation annuelle avec des vivoplants sains.

Cercosporiose noire (maladie des raies noires)

Causée par Pseudocercospora fijiensis, c’est la maladie foliaire la plus grave du bananier selon ProMusa. Les premières ponctuations apparaissent 14 à 20 jours après l’infection, sur la face inférieure des jeunes feuilles. Elles s’allongent en raies brunes puis noires qui détruisent le limbe. Sans traitement, les pertes atteignent 35 à 50 %, et jusqu’à 80 % dans certains cas selon la synthèse de l’Université de Washington. La maladie progresse plus vite en zone très humide (Thiémélé et al., 2017).

La lutte intégrée combine effeuillage sanitaire, bonne nutrition, densité adaptée et cultivars résistants (PITA 3, FHIA 21, CRBP 39). Les fongicides n’agissent que sur les premiers stades de la maladie ; il faut alterner fongicides de contact et systémiques pour limiter les résistances, avec des produits homologués et en respectant les délais avant récolte.

Récolte : combien de temps dure la culture du plantain ?

La floraison intervient en général 7 à 9 mois après la plantation (FAO). Au CNRA, Corne 1 a fleuri vers 269 jours et a été récolté vers 339 jours ; l’inventaire ivoirien de 2017 donne 331 à 360 jours. Les régimes se coupent environ 80 jours après la floraison (CNRA). Récolter avant 70 jours pour limiter les vols donne des doigts mal remplis (CIRAD).

Le rejet sélectionné assure ensuite un second cycle plus court : à Njombé, le deuxième régime a été récolté 619 à 632 jours après la plantation, environ 10 mois après le premier. Sur sol infesté de nématodes, l’étude du CNRA montre qu’il vaut mieux replanter chaque année.

Rendement plantain à l’hectare

L’écart tient surtout au matériel de plantation, à l’eau, à la fertilisation et à la protection sanitaire.

Rentabilité plantain : les repères disponibles

L’étude du CNRA à Tiassalé (2021) donne quelques repères :

Ce calcul exclut l’engrais, le fongicide et la main-d’œuvre d’entretien, et suppose une conduite irriguée intensive. Sa conclusion est comparative : replanter chaque année avec des plants sains rapporte davantage qu’une bananeraie pluriannuelle infestée. Le prix varie aussi avec la saison : autour de Douala, le plantain devient rare et cher de mai à juillet (CIRAD).

Questions fréquentes

Combien de temps dure la culture du plantain ?

Environ 11 à 12 mois de la plantation à la première récolte : floraison vers 7 à 9 mois, puis récolte environ 80 jours après la floraison. Le rejet suivant donne un second régime environ 10 mois plus tard.

Combien de plants de plantain par hectare ?

De 1 667 plants/ha (3 m × 2 m) à 2 500 plants/ha (2 m × 2 m) selon les essais du CNRA. La densité la plus forte donne des régimes plus légers mais un meilleur rendement à l’hectare.

Quel engrais pour la banane plantain ?

Une fumure de fond à la dolomie et au phosphate, puis de l’urée et du chlorure de potassium chaque mois jusqu’à la floraison. Le CNRA a utilisé 30 g d’urée et 70 g de chlorure de potassium par pied et par mois.

Quel est le rendement du plantain à l’hectare ?

De 5 à 15 t/ha en milieu paysan. En station, avec 2 500 plants/ha, le CNRA a obtenu 19 à 38 t/ha selon le cultivar.

Qu’est-ce que la technique PIF ?

Des plants issus de fragments de tiges, méthode du CARBAP : le bulbe d’un rejet est fragmenté et mis à germer dans de la sciure. Les pousses sont sevrées en 12 à 18 semaines.

Comment lutter contre le charançon et la cercosporiose noire ?

Contre le charançon : plants sains, rejets parés, destruction des résidus et piégeage. Contre la cercosporiose noire : effeuillage sanitaire, cultivars résistants et, si besoin, fongicides homologués en alternance.

Existe-t-il une fiche technique banane plantain en PDF ?

Oui : le CNRA publie une fiche PDF sur l’hybride PITA 3 et l’IITA un manuel PDF sur la macropropagation. Les liens figurent dans les sources de cette fiche technique banane plantain.

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Sources

Pour aller plus loin

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