« À quelle distance faut-il poser les asperseurs ? » La réponse tient dans un pourcentage, et il ne se lit pas sur le catalogue mais sur la parcelle. Le manuel d’irrigation de la FAO fixe la règle : l’écartement entre asperseurs ne doit pas dépasser 65 % du diamètre arrosé par vent nul à modéré en disposition carrée ou rectangulaire, il peut monter à 70 % en disposition triangulaire, et il descend à 50 % par vent fort, la rampe étant alors placée perpendiculairement au vent. Sur une planche de haricot vert des Niayes, semée pour la campagne de contre-saison, ces quelques points de pourcentage décident de l’homogénéité de la levée sur toute la longueur du rang.
La règle de recouvrement, et pourquoi elle existe
Un asperseur n’arrose pas uniformément son disque. Il dépose beaucoup près du pied et de moins en moins vers la périphérie. L’uniformité ne vient donc pas d’un seul appareil mais du chevauchement de plusieurs disques. Le manuel de gestion de l’eau d’irrigation de la FAO consacré aux méthodes d’irrigation le dit dans ces termes : la couverture uniforme exige un recouvrement portant sur au moins 65 % du diamètre arrosé.
Dans le même document, les ordres de grandeur d’un réseau classique sont donnés : des rampes de 5 à 12,5 cm de diamètre, en alliage d’aluminium ou en plastique, et des asperseurs espacés de 9 à 24 m. Cette fourchette large est normale, puisque l’écartement se déduit du diamètre arrosé, lui-même fonction de la buse et de la pression.
Mesurer le diamètre arrosé plutôt que le lire
La valeur imprimée au catalogue est obtenue en conditions d’essai. La fiche du service de vulgarisation de l’université d’État de Caroline du Nord consacrée aux réseaux d’aspersion fixes relève que les diamètres mesurés au champ sont en moyenne inférieurs de 10 % aux valeurs publiées par les fabricants. La même fiche en tire une équivalence utile : un écartement calculé sur 70 % du diamètre mesuré au champ revient à peu près à un écartement calculé sur 65 % de la valeur du fabricant, et elle retient comme garde-fou de ne pas dépasser 65 % du diamètre publié.
La mesure se fait en quatre gestes, sur la parcelle, avant de fixer les piquets.
- Choisissez un moment de vent faible. La fiche de Caroline du Nord demande de mesurer par vent inférieur à 5 miles par heure, soit environ 8 km/h.
- Posez un asperseur seul, à la pression de service prévue, et mesurez la pression à l’asperseur, pas à la pompe. La fiche est explicite sur ce point : la pression de refoulement de la pompe n’est pas un substitut acceptable.
- Faites tourner dix minutes, puis relevez le rayon à partir duquel le sol n’est plus mouillé, dans quatre directions. Prenez la plus petite des quatre valeurs.
- Multipliez le diamètre obtenu par 0,65 en disposition carrée, par 0,70 en triangle, par 0,50 si votre site est venté. Vous avez l’écartement.
Le vent décide plus que le catalogue
Le manuel d’irrigation de la FAO classe les conditions de vent en quatre niveaux : de 0 à 0,7 m/s vent nul, de 0,7 à 2,5 m/s vent léger, de 2,5 à 3,5 m/s vent modéré à fort, au-delà de 3,5 m/s vent très fort. Et il tranche : au-dessus de 3,5 m/s, l’aspersion n’est pas recommandée.
Pour un périmètre de la zone littorale des Niayes, cette limite se traduit par une consigne d’horaire plutôt que d’écartement : irriguer tôt le matin ou en fin de journée, quand la brise tombe, et garder la rampe perpendiculaire à la direction dominante du vent. Le manuel de la FAO sur les méthodes d’irrigation note d’ailleurs qu’un vent même léger dégrade sensiblement l’uniformité, et que la seule correction disponible est de resserrer l’écartement.
Pression, buses et taille des gouttes
Les asperseurs à usage agricole visés par le manuel de la FAO travaillent à une pression de service de 2,0 à 3,5 bars, pour un débit de 1,1 à 3,0 m³/h, avec deux buses de 3,0 à 6,0 mm pour la buse principale et de 2,5 à 4,2 mm pour la buse d’étalement. Le minimum à respecter est de 2,0 bars.
Descendre sous cette pression ne fait pas seulement perdre du diamètre. Le jet se fragmente en gouttes de 0,5 à 4,0 mm selon la pression : trop bas, les gouttes grossissent et martèlent le feuillage et le sol, trop haut, le brouillard retombe près de l’asperseur et ne couvre plus l’écartement prévu. Le manuel de la FAO recommande des buses de petit diamètre travaillant à la pression de service recommandée ou légèrement au-dessus.
Sur un haricot vert, dont le feuillage est tendre et la planche souvent semée serré, ce point n’est pas accessoire. La FAO signale explicitement que les gros asperseurs abîment les légumes délicats comme la laitue, et conseille des jets fins sur les sols qui se referment en croûte.
La dose horaire doit rester sous l’infiltration du sol
C’est la deuxième contrainte, indépendante de l’écartement. La pluviométrie horaire du réseau, c’est à dire les millimètres déposés par heure, doit rester inférieure à la vitesse d’infiltration de base du sol, sans quoi l’eau stagne puis ruisselle. Le manuel d’irrigation de la FAO donne les limites par texture et indique que les pluviométries de 8 à 14 mm/h donnent les meilleurs résultats. Son exemple de dimensionnement aboutit à 10,4 mm/h.
| Texture du sol | Pluviométrie horaire admissible |
|---|---|
| Sols légers, sableux | Jusqu’à 25 mm/h |
| Limons | 8 à 16 mm/h |
| Argiles | 2 à 8 mm/h |
| Plage donnant les meilleurs résultats | 8 à 14 mm/h |
Les sols sableux des Niayes se situent dans la partie haute de ce tableau, ce qui laisse de la marge sur la dose horaire mais raccourcit l’intervalle entre deux postes, puisque la réserve utile y est faible.
Combien d’eau pour une planche de haricot vert
Le manuel de la FAO consacré aux besoins en eau des cultures retient pour le haricot un besoin total de 300 à 500 mm sur l’ensemble du cycle, avec une sensibilité à la sécheresse qualifiée de moyenne à élevée, et une durée totale de cycle de 75 à 90 jours pour le haricot récolté en vert. Le guide de production durable du haricot vert publié par le COLEAD en 2023 donne une fourchette cohérente, de 3 000 à 8 000 m³ par hectare selon le sol et le climat, soit 300 à 800 mm, et situe le cycle sénégalais à 48 à 55 jours après semis.
Ramené à la journée, le repère de la FAO donne un ordre de grandeur simple : 300 mm sur 75 jours font 4 mm par jour, 500 mm sur 90 jours en font 5,6. Pour piloter finement, le même manuel renvoie à la formule ET culture égale ETo multipliée par Kc, et donne pour le haricot des coefficients culturaux de 0,35 au stade initial, 0,70 en développement et 1,10 en pleine végétation. Le coefficient de fin de cycle dépend du mode de récolte, en vert ou en sec.
La durée du poste se déduit alors directement. Avec un besoin de 5 mm par jour et un réseau appliquant 10 mm par heure, le poste dure 30 minutes. Si vous irriguez un jour sur deux, il passe à une heure, à condition que la réserve du sol accepte 10 mm d’un coup, ce qui n’est pas acquis sur un sable.
Le COLEAD ajoute les conditions dans lesquelles cette eau doit arriver : température de 15 à 25 °C pour la végétation et la floraison, dégradation de la qualité au-dessus de 30 °C, pH de sol de 6,0 à 7,5, profondeur minimale de 40 à 50 cm. Il insiste aussi sur l’absence de stress hydrique dès la levée, et sur la germination et la floraison comme deux phases où l’humidité ne doit pas fléchir. Ce sont ces deux fenêtres qui justifient de régler le réseau avant le semis, pas pendant.
Ce que l’aspersion coûte en risque sanitaire
Arroser par le haut mouille le feuillage, et un feuillage mouillé longtemps est une porte d’entrée. Le manuel de la FAO demande par ailleurs une eau propre et exempte de sédiments en suspension, à la fois pour éviter le bouchage des buses et pour ne pas souiller la récolte.
Deux consignes en découlent. Irriguer le matin, pour que le couvert sèche dans la journée, et jamais en fin de soirée si la nuit est humide. Et accepter que sur une culture sensible, le goutte à goutte reste préférable une fois la levée assurée : le mécanisme par lequel la durée d’humectation déclenche une épidémie est détaillé dans notre article sur le mildiou en climat tropical. Beaucoup de producteurs des Niayes combinent les deux, aspersion pour la levée puis goutte à goutte pour le reste du cycle, ce qui suppose d’avoir prévu les deux têtes de réseau au départ.
Vérifications avant la première mise en eau
- Diamètre arrosé mesuré au champ, pas lu au catalogue, et plus petit rayon des quatre directions retenu.
- Écartement fixé à 65 % de ce diamètre au maximum, 50 % si le site est venté.
- Pression relevée au manomètre à l’asperseur le plus éloigné de la pompe, au moins 2,0 bars.
- Pluviométrie horaire calculée et comparée à la texture du sol.
- Rampe orientée perpendiculairement au vent dominant.
- Filtration en place et eau exempte de sédiments.
- Horaire d’irrigation calé sur le matin.
Le dimensionnement de la pompe qui alimente ce réseau suit la même logique de débit et de hauteur manométrique que celle détaillée dans notre article sur le dimensionnement du pompage d’une parcelle d’oignon. Pour le contexte des filières horticoles sénégalaises, voir notre panorama de l’agriculture au Sénégal.
Faire dimensionner le réseau
Un réseau d’aspersion se calcule une fois, à partir de la surface, de la texture du sol, de la vitesse du vent dominant et du débit disponible au forage. JOGOO réalise ce dimensionnement et fournit le matériel correspondant par son offre Irrigation et pompage. Pour un devis adapté à votre parcelle, passez par la page Contact.
Sources et références
- FAO, Irrigation Manual, chapitre 8, Hose-move sprinkler irrigation
- FAO, Irrigation Water Management, Training Manual 5, Irrigation Methods, chapitre 5, Sprinkler irrigation
- FAO, Irrigation Water Management, Training Manual 3, Irrigation water needs, besoins en eau par culture et coefficients culturaux
- NC State Extension, Stationary Sprinkler Irrigation System
- COLEAD, 2023, Guide de production durable du haricot vert
Questions fréquentes
Quel écartement entre deux asperseurs ?
Au maximum 65 % du diamètre arrosé par vent nul à modéré en disposition carrée ou rectangulaire, jusqu’à 70 % en disposition triangulaire, et 50 % par vent fort avec la rampe perpendiculaire au vent, selon le manuel d’irrigation de la FAO.
Pourquoi le diamètre du catalogue est-il trop optimiste ?
Parce qu’il est mesuré en conditions d’essai. Le service de vulgarisation de l’université d’État de Caroline du Nord relève des diamètres mesurés au champ inférieurs de 10 % en moyenne aux valeurs publiées par les fabricants.
À partir de quel vent faut-il arrêter d’arroser par aspersion ?
Au-delà de 3,5 m/s, l’aspersion n’est pas recommandée selon le manuel d’irrigation de la FAO, qui classe cette plage en vent très fort.
Quelle pluviométrie horaire viser ?
De 8 à 14 mm par heure donnent les meilleurs résultats. La limite dépend du sol : jusqu’à 25 mm/h sur sols légers, 8 à 16 mm/h sur limons et 2 à 8 mm/h sur argiles, la dose horaire devant toujours rester sous la vitesse d’infiltration de base.
Combien d’eau consomme un haricot vert ?
De 300 à 500 mm sur le cycle selon le manuel de la FAO sur les besoins en eau, soit 4 à 5,6 mm par jour en moyenne. Le COLEAD retient de 3 000 à 8 000 m³ par hectare selon le sol et le climat.
Faut-il préférer le goutte à goutte sur haricot vert ?
L’aspersion convient bien à la levée, mais elle mouille le feuillage à chaque passage. Une fois la levée assurée, le goutte à goutte réduit la durée d’humectation et donc le risque sanitaire, ce qui conduit beaucoup de producteurs à combiner les deux sur le même cycle.
Pour aller plus loin
- Dimensionner le pompage d’une parcelle d’oignon : débit, hauteur manométrique et bassin tampon, l’amont du réseau d’aspersion.
- Goutte à goutte en maraîchage : les erreurs sur les petits périmètres : filtration, qualité d’eau et entretien, valables pour tout réseau sous pression.
- Mildiou de la tomate en climat tropical : le lien entre durée d’humectation du feuillage et déclenchement d’une épidémie.
- Agriculture au Sénégal : place de l’horticulture et des Niayes dans les filières nationales.


