Il faut 10 000 boutures de manioc par hectare sur sol pauvre, en écartement de 1 m sur 1 m. Sur un sol de fertilité moyenne, on passe à 12 500 boutures par hectare (1 m entre les lignes et 0,80 m sur la ligne), et sur un sol vraiment fertile à 15 625 boutures par hectare (0,80 m sur 0,80 m). Ces trois densités sont celles que recommande le CNRA pour la Côte d’Ivoire. Le manuel de multiplication de l’IITA retient des écartements voisins, avec 10 000 plants par hectare en 1 m sur 1 m, 13 333 en 1 m sur 0,75 m et 20 000 en 1 m sur 0,50 m pour les plantations denses. Le reste de ce guide explique comment choisir la densité, ce qu’est une bouture correcte, et pourquoi la qualité sanitaire du matériel pèse plus lourd sur le rendement que la densité elle-même.
1. Combien de boutures par hectare selon votre sol
La densité n’est pas une valeur unique : elle se règle sur la fertilité de la parcelle. Un sol pauvre ne nourrit pas une forte densité, et serrer les plants y fait chuter le calibre des racines sans augmenter le tonnage.
| Écartement | Boutures par hectare | Situation recommandée | Source |
|---|---|---|---|
| 1 m x 1 m | 10 000 | Sol appauvri ou non fertilisé | CNRA, IITA |
| 1 m x 0,80 m | 12 500 | Sol de fertilité moyenne | CNRA |
| 1 m x 0,75 m | 13 333 | Sol de fertilité moyenne | IITA |
| 0,80 m x 0,80 m | 15 625 | Sol fertile, fumure organique apportée | CNRA |
| 1 m x 0,50 m | 20 000 | Plantation dense, notamment champ de multiplication | IITA |
Retenez la logique : plus le sol est riche, plus la densité peut monter. Un écartement large facilite par ailleurs les sarclages, le buttage et les cultures associées, ce qui compte sur les exploitations familiales où le désherbage manuel est le poste de travail le plus lourd.
2. Calculer votre besoin réel en boutures
Le calcul de base est simple : densité retenue multipliée par la surface. Pour 3 hectares conduits à 12 500 boutures par hectare, il faut 37 500 boutures. Trois corrections s’imposent ensuite sur le terrain :
- Une marge de regarnissage. Toutes les boutures ne lèvent pas. Prévoir une réserve permet de remplacer les manquants dans les deux à trois semaines suivant la plantation, avant que les plants installés ne prennent trop d’avance.
- Le tri au champ. Une partie des tiges collectées sera écartée à la préparation, parce que trop lignifiée, trop tendre ou porteuse de symptômes.
- La distance de transport. Plus le matériel vient de loin, plus il se déshydrate, et plus la perte à la reprise augmente.

3. Ce qu’est une bouture correcte
Une bouture de manioc n’est pas un morceau de tige quelconque. Les deux référentiels convergent sur les dimensions :
- Longueur : 20 à 30 cm, avec 4 à 6 nœuds selon le CNRA ; le manuel de l’IITA retient 20 à 25 cm pour environ 5 à 8 nœuds. Dans les deux cas, ce sont les nœuds qui comptent, puisque chacun porte un bourgeon capable de donner une tige.
- Âge du pied mère : au moins six mois. Le CNRA recommande de couper les tiges sur des plants âgés d’au moins six mois avant la plantation. C’est la réponse à la question que se posent beaucoup de producteurs : une tige de manioc de six mois est utilisable, une tige plus jeune ne l’est pas.
- Partie de la tige : ni trop, ni trop peu lignifiée. Le CNRA écarte explicitement les parties fortement aoûtées et les parties tendres. La portion médiane de la tige est la bonne.
- Coupe nette, à l’aide d’un outil propre, pour limiter l’écrasement des tissus et les portes d’entrée aux pourritures.
4. Le matériel sain, premier facteur de rendement
C’est le point que la plupart des guides traitent en une ligne, alors qu’il pèse plus lourd que la densité. Le manioc se multipliant par voie végétative, toute maladie présente dans la tige mère est transmise intégralement à la parcelle suivante.
La mosaïque africaine du manioc en donne la mesure. Les pertes de racines de réserve à l’échelle de l’Afrique subsaharienne sont estimées entre 15 et 24 % par an, soit l’équivalent de 12 à 23 millions de tonnes, ou une perte annuelle de 1,2 à 2,3 milliards de dollars américains (Alabi, Kumar et Naidu, 2011). La maladie se transmet par les boutures infectées et par la mouche blanche Bemisia tabaci, qui assure la dissémination secondaire. Les mêmes auteurs concluent que la plantation de boutures indemnes de virus est le moyen le plus efficace de limiter la propagation de la maladie en Afrique.
Concrètement, le manuel de l’IITA demande de ne prélever que sur des pieds ne présentant ni chlorose foliaire, ni nécrose apicale, ni chancres, ni mycéliums, ni stries sur la tige. Ce contrôle se fait debout dans la parcelle, avant la coupe, pied par pied. Une tige coupée puis triée en tas au bord du champ ne permet plus de faire ce lien entre le symptôme foliaire et la tige.
Le réflexe qui coûte le plus cher reste de reprendre chaque année les boutures dans sa propre parcelle sans jamais renouveler la souche : la charge virale s’accumule campagne après campagne, et le rendement baisse sans cause apparente. Le renouvellement périodique du matériel auprès d’une source contrôlée, centre de recherche ou multiplicateur agréé, est un investissement, pas une dépense.
5. Produire ses propres boutures : le champ de multiplication
Un producteur qui veut s’étendre a intérêt à dédier une parcelle à la production de matériel végétal plutôt qu’à prélever au hasard dans ses champs de production. Deux voies existent.
La multiplication par mini-boutures. Le manuel de l’IITA indique qu’un plant de manioc permet de produire environ 60 à 100 mini-boutures. Ces fragments comptent de 1 à 2 nœuds pour les portions lignifiées, 4 à 6 nœuds pour les portions semi-lignifiées et plus de 6 nœuds pour les portions apicales. La technique accélère nettement le taux de multiplication entre deux générations végétatives par rapport à la pratique classique.
La culture in vitro. Réservée aux laboratoires et aux programmes de diffusion variétale, elle augmente le taux de multiplication d’un facteur 100 à 1 000 selon l’IITA. C’est par elle que transitent la plupart des variétés améliorées avant leur diffusion.
Pour un champ de multiplication, la densité serrée de 20 000 plants par hectare en 1 m sur 0,50 m a du sens : l’objectif n’est plus le tonnage de racines mais le linéaire de tige produit.

6. Position et profondeur de plantation
Le CNRA admet trois positions de plantation : horizontale, à moins de 10 cm de profondeur, oblique, ou verticale. Le choix dépend surtout de la pluviométrie et du type de sol :
- La plantation horizontale favorise l’enracinement sur toute la longueur de la bouture et convient aux sols légers et aux zones à pluviométrie bien répartie.
- La plantation oblique est le compromis le plus courant en zone forestière.
- La plantation verticale, deux tiers de la bouture enterrés, limite le risque de pourriture en sol lourd ou en saison très humide, et facilite l’arrachage.
Dans tous les cas, la bouture se plante dans le bon sens, bourgeons orientés vers le haut, et sur billon ou planche surélevée dès que le drainage est incertain.
7. Densité, fertilité et rendement attendu
La densité ne produit rien seule. Au Cameroun, le rendement moyen paysan était d’environ 16 t/ha en 2020, pour une production nationale de 5 492 522 tonnes, avec un objectif public de 10 millions de tonnes par an à l’horizon 2030 (MINADER). En Côte d’Ivoire, les variétés améliorées suivies par le CNRA, comme Bocou 1, Bocou 2, Bocou 3 ou TMS 4(2)1425, affichent des cycles de 11 à 18 mois et des rendements de l’ordre de 25 t/ha en milieu paysan, à comparer aux variétés traditionnelles Yacé et Bonoua.
L’écart entre 16 et 25 t/ha ne vient pas de la densité mais du trio variété améliorée, matériel sain et fertilisation. Sur ce dernier point, la fiche de conseil du MINADER recommande, sur sol pauvre, 10 à 20 tonnes par hectare de fumier bien décomposé, soit l’équivalent de 250 à 500 sacs de 40 kg. Les apports minéraux complémentaires et leurs dosages par culture sont détaillés dans notre guide des engrais NPK, foliaires et organiques.
Pour l’itinéraire technique complet, de la préparation du sol à la transformation en attiéké, gari ou farine, reportez-vous à notre dossier de référence sur la culture du manioc en Afrique. Le poids de la filière dans l’économie agricole camerounaise est replacé dans son contexte dans notre panorama de l’agriculture au Cameroun. Et si vous raisonnez en rotation, la culture de la patate douce se multiplie elle aussi par voie végétative et obéit à une logique de matériel sain très comparable.
8. Conserver et transporter les boutures
Entre la coupe et la plantation, la bouture perd de l’eau, et cette perte se paie à la reprise. Quelques règles opérationnelles :
- Couper les tiges le plus près possible de la date de plantation.
- Conserver les tiges entières, non tronçonnées : la découpe en boutures se fait juste avant la mise en terre, car chaque section est une plaie ouverte.
- Stocker debout, à l’ombre, à l’abri du vent, en botte, sur sol légèrement humide.
- Ne jamais empiler les tiges au soleil sur une bâche, pratique fréquente au bord des pistes et très coûteuse en taux de reprise.
- Traiter les boutures avant plantation uniquement avec un produit homologué, en respectant la dose.
9. Sécuriser votre approvisionnement
Le matériel de plantation est le seul intrant du manioc que le producteur fabrique lui-même, et c’est aussi celui qu’il contrôle le moins. Pour un projet de plusieurs hectares, la séquence qui fonctionne est la suivante : identifier une source de boutures contrôlée, planter un champ de multiplication dédié en année 1, puis alimenter les extensions à partir de ce champ en renouvelant la souche tous les trois à quatre cycles. Nos équipes agrofournitures et intrants accompagnent le sourcing des intrants, et notre pôle conseil et ingénierie agricole dimensionne le plan de multiplication et le calendrier de plantation à l’échelle de votre exploitation.
Sources et références
- CNRA. Bien cultiver le manioc en Côte d’Ivoire. Centre National de Recherche Agronomique, fiche technique.
- IITA. Multiplication de matériel de plantation de manioc et gestion des maladies et ravageurs. Manuel de formation destiné aux agents de terrain, International Institute of Tropical Agriculture.
- Alabi O. J., Kumar P. L., Naidu R. A. (2011). Cassava Mosaic Disease: A Curse to Food Security in Sub-Saharan Africa. American Phytopathological Society, APSnet Features.
- MINADER. Fiche de conseil en transition agro écologique pour la culture du manioc au Cameroun. Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, Cameroun.
Article rédigé par l’équipe agronomique de JOGOO Agriculture. Les densités et les rendements indiqués doivent être ajustés à votre pédoclimat, à votre variété et à votre niveau de fertilisation.
Questions fréquentes
Combien de boutures de manioc faut-il par hectare ?
Il faut 10 000 boutures par hectare en écartement de 1 m sur 1 m sur sol appauvri, 12 500 en 1 m sur 0,80 m sur sol de fertilité moyenne et 15 625 en 0,80 m sur 0,80 m sur sol fertile, selon le CNRA. Le manuel de l’IITA retient également 13 333 boutures par hectare en 1 m sur 0,75 m et 20 000 en 1 m sur 0,50 m pour les plantations denses.
Quelle doit être la longueur d’une bouture de manioc ?
Une bouture mesure 20 à 30 cm et porte 4 à 6 nœuds selon le CNRA, soit 20 à 25 cm pour environ 5 à 8 nœuds selon l’IITA. Ce sont les nœuds qui comptent, puisque chaque nœud porte un bourgeon capable de produire une tige.
Peut-on utiliser une tige de manioc de six mois comme bouture ?
Oui. Le CNRA recommande de prélever les tiges sur des plants âgés d’au moins six mois. Il faut en revanche écarter les parties fortement aoûtées et les parties encore tendres, et ne conserver que la portion médiane de la tige.
Comment reconnaître une bouture saine ?
Le contrôle se fait sur le pied debout, avant la coupe. L’IITA demande d’écarter tout plant présentant une chlorose foliaire, une nécrose apicale, des chancres, des mycéliums ou des stries sur la tige. La mosaïque africaine du manioc se transmet en effet par les boutures infectées autant que par la mouche blanche.
Combien coûte la mosaïque du manioc à l’Afrique ?
Les pertes de racines de réserve sont estimées entre 15 et 24 % par an à l’échelle de l’Afrique subsaharienne, soit 12 à 23 millions de tonnes, ou 1,2 à 2,3 milliards de dollars américains par an. La plantation de boutures indemnes de virus reste le moyen le plus efficace de limiter la propagation.
Combien de mini-boutures obtient-on à partir d’un plant ?
Un plant de manioc permet de produire environ 60 à 100 mini-boutures selon le manuel de multiplication de l’IITA. La culture in vitro, réservée aux laboratoires, augmente pour sa part le taux de multiplication d’un facteur 100 à 1 000.


