Publié : 8 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La seconde saison des pluies s’achève dans le sud forestier du Cameroun, et c’est la période où les serres tunnel se mettent à goutter la nuit. La décision à prendre maintenant, avant la floraison du poivron, porte sur la ventilation nocturne et l’heure des arrosages, pas sur un traitement. Quand le feuillage reste mouillé au matin, la cause est presque toujours mécanique : l’air de la serre atteint son point de rosée en fin de nuit parce qu’il n’a pas été renouvelé en fin d’après-midi. Trois actions corrigent la situation : ouvrir en fin de journée, brasser l’air en continu, et arroser en début de matinée.

Pourquoi l’eau se dépose sur le feuillage et pas ailleurs

La mécanique est simple et se vérifie au thermomètre. L’air chaud porte plus de vapeur que l’air froid : d’après la fiche de l’Extension de l’Université du Massachusetts, l’air à 21 °C contient environ deux fois plus d’humidité que l’air à 10 °C, et chaque hausse de 11 °C double la capacité de l’air tout en divisant l’humidité relative par deux. Le soir, l’inverse se produit. L’air se refroidit, sa capacité chute, et la vapeur excédentaire se dépose sur les surfaces dont la température atteint ou passe sous le point de rosée. Les plus froides se mouillent les premières : la couverture plastique, les tubes de la structure, puis le feuillage.

La même source donne deux repères qui expliquent pourquoi la marge est si mince sous tunnel. À 85 % d’humidité relative et 15,5 °C d’air, la condensation commence dès que la feuille descend sous 13 °C. À 95 % d’humidité relative et la même température d’air, il suffit que la feuille soit 0,5 °C plus froide que l’air. Dans une serre fermée en fin de nuit, le feuillage perd de la chaleur par rayonnement vers la couverture et se retrouve précisément dans ce cas.

Le résultat n’est pas qu’esthétique. Le feuillage reste humecté plusieurs heures, et cette durée d’humectation est la condition d’installation de la plupart des champignons et bactéries foliaires.

Les deux seuils d’humidité à surveiller

La fiche PPFS-GH-01 de l’Extension de l’Université du Kentucky, mise à jour en juillet 2025, pose deux seuils utilisables avec un simple hygromètre.

Ces seuils se lisent avec la température, puisque la même quantité de vapeur donne des valeurs très différentes selon qu’il fait 20 ou 30 °C. L’Extension de l’Université du Massachusetts publie des seuils par température : 83 % à 10 °C, 89 % à 16 °C, 91 % à 20 °C et 95 % à 30 °C. Sous tunnel tropical, la lecture pratique est claire : en pleine journée, à 30 °C, vous êtes rarement en difficulté. Le problème se joue entre 22 heures et 7 heures, quand la température intérieure descend et que l’humidité relative monte mécaniquement vers la saturation.

Posez donc l’hygromètre à hauteur de végétation, pas sous le faîtage, et relevez-le au petit matin plutôt qu’à midi.

Le filet anti-insectes, cause la plus fréquente de buée

Une serre qui n’a jamais goutté et qui se met à le faire après la pose d’un filet neuf n’a pas de problème de plante. Elle a un problème de débit d’air. La synthèse de J. Martin, publiée par l’Université Laval en 2007, chiffre l’effet : comparés à un filet de 40 mesh, les filets de 52 et 78 mesh réduisent le taux de décharge d’air de 35 % et de 50 %. La résistance se mesure aussi en pression : à 2 m/s de vent, l’écart de pression entre l’intérieur et l’extérieur passe d’environ 2,5 Pa sans filet à environ 8 Pa avec un filet anti-aleurodes, et dépasse 30 Pa avec certains filets anti-thrips.

Cette résistance se paie en climat intérieur. Toujours d’après cette synthèse, un filet anti-aleurodes élève la température intérieure de 2,7 °C, un filet anti-thrips de 4,7 °C, avec une hausse d’humidité correspondante. Le document retient un déficit de pression de vapeur de 0,5 kPa comme seuil à ne pas franchir pour limiter la propagation de Botrytis cinerea.

La conclusion à tirer en pratique : le maillage se choisit en fonction du ravageur à exclure, et la surface d’ouverture se recalcule ensuite en conséquence. Un filet fin posé sur les ouvrants d’origine transforme un abri correctement ventilé en abri étanche. Le choix du maillage et des ouvrants est traité en détail dans notre guide sur les serres agricoles en Afrique tropicale.

Symptôme, cause, action

Observation Cause la plus probable Action
Gouttes qui tombent de la couverture au matin Air non renouvelé en fin d’après-midi, couverture plus froide que l’air Ouvrir les côtés et le faîtage en fin de journée, avant la chute de température
Feuilles mouillées sans pluie, jusqu’en milieu de matinée Feuillage sous le point de rosée, air stagnant au niveau de la végétation Brassage d’air en continu la nuit, effeuillage bas, élargissement des ouvertures
Buée installée seulement depuis la pose d’un filet Perte de débit d’air liée au maillage Augmenter la surface d’ouvrants, ou revenir à un maillage adapté au ravageur visé
Humidité élevée uniquement dans une partie de la serre Obstacle à la circulation : végétation dense, pile de plateaux, rangée trop serrée Dégager l’allée, écarter les plants, palisser et tailler
Feuillage mouillé en fin d’après-midi Arrosage par aspersion fait trop tard dans la journée Arroser en début de matinée, ou passer au goutte à goutte
Flaques au sol et sol constamment humide Excès d’arrosage et drainage insuffisant Piloter la dose, reprendre le drainage, pailler ou isoler le sol nu

À régler le soir même

Trois gestes ne demandent aucun achat.

Aérer en fin d’après-midi. La fiche du Kentucky recommande explicitement de ventiler en fin d’après-midi, pour évacuer l’air chaud et chargé avant le refroidissement nocturne. C’est le geste le plus rentable de la liste : vous sortez la vapeur pendant qu’elle est encore portée par de l’air chaud, donc en grande quantité pour un même volume échangé.

Faire circuler l’air en permanence. La même fiche conseille de laisser tourner les ventilateurs en continu pendant les périodes d’humidité élevée, nuits fraîches, journées couvertes et journées pluvieuses. L’Extension de l’Université du Massachusetts précise l’ordre de grandeur à viser : un volume d’air se renouvelle en 2 à 3 minutes dans une serre équipée d’extracteurs, contre 30 minutes ou plus en ventilation naturelle seule. Pour le brassage, elle décrit de petits ventilateurs de 1/15 ch et de 40 à 50 cm de diamètre, disposés le long des parois et soufflant en sens opposés d’un côté et de l’autre, en marche continue, avec un réglage visuel simple : les feuilles doivent bouger légèrement.

Déplacer l’arrosage au matin. La fiche du Kentucky recommande d’arroser tôt dans la journée quand l’aspersion est la seule option disponible, pour que le feuillage sèche rapidement, et de préférer le goutte à goutte afin de garder la végétation sèche. Sur poivron conduit sous abri, le goutte à goutte règle en même temps l’humectation et la régularité des apports.

Une précision utile pour la zone tropicale : la littérature des régions tempérées associe souvent l’aération nocturne au chauffage, pour réchauffer l’air avant de l’évacuer. Sous tunnel en Afrique centrale, il n’y a pas de chauffage, et la partie transposable de la méthode est l’échange d’air, pas le réchauffement. Vous jouez donc sur le volume échangé et sur l’heure, pas sur la température.

Les gestes qui aggravent la buée

Le matériel qui corrige durablement

Quand les réglages ne suffisent plus, le problème est dimensionnel et se traite à l’abri lui-même : ouvrants latéraux enroulables sur toute la longueur, ouverture de faîtage, filet choisi au maillage juste nécessaire, ventilateurs de brassage, film de couverture à traitement anti-condensation, et passage de l’aspersion au goutte à goutte. Sur une serre existante, l’élargissement des ouvrants latéraux donne en général le meilleur résultat par franc investi, surtout si la serre a reçu un filet après sa construction.

Les abris conduits en hors sol demandent la même rigueur, avec en plus la question du support de culture, traitée dans notre article sur le choix du substrat sous serre. Pour la phase pépinière, l’ombrage et la conduite des plateaux sont détaillés dans notre guide sur la pépinière sous filet d’ombrage.

Faire reprendre la ventilation de votre serre par JOGOO

JOGOO Agriculture conçoit, fournit et installe des serres tunnel ventilées pour le climat chaud et humide, et reprend les abris existants dont la ventilation est insuffisante. Voyez la page Serres Agricoles pour les solutions disponibles, puis écrivez-nous depuis la page Contact pour un devis établi sur les dimensions de votre abri et la culture conduite.

Questions fréquentes

À quelle humidité relative faut-il s’inquiéter sous serre ?

L’Extension de l’Université du Kentucky retient deux repères : au delà de 70 % en journée, l’incidence des maladies fongiques augmente, et à partir de 85 % les maladies bactériennes et à oomycètes progressent nettement.

Pourquoi la condensation apparaît-elle la nuit et pas en journée ?

Parce que la capacité de l’air à porter de la vapeur chute avec la température. À 85 % d’humidité relative et 15,5 °C d’air, la condensation s’amorce dès que la feuille descend sous 13 °C, d’après l’Extension de l’Université du Massachusetts.

Faut-il ouvrir la serre la nuit ?

L’essentiel est d’évacuer l’air chargé en fin d’après-midi, comme le recommande la fiche du Kentucky, puis de maintenir une circulation d’air pendant la nuit. Une ouverture nocturne se gère selon le vent et la pluie de la nuit.

Mon filet anti-insectes est-il responsable ?

C’est possible. D’après la synthèse publiée par l’Université Laval, les filets de 52 et 78 mesh réduisent le taux de décharge d’air de 35 % et de 50 % par rapport à un filet de 40 mesh, et un filet anti-thrips élève la température intérieure de 4,7 °C.

Les ventilateurs de brassage doivent-ils tourner en continu ?

Oui pendant les périodes humides, nuits fraîches et journées couvertes ou pluvieuses, selon la fiche du Kentucky. Le réglage se contrôle à l’œil : les feuilles doivent bouger légèrement.

Le goutte à goutte supprime-t-il le problème ?

Il supprime l’humectation du feuillage liée à l’arrosage, ce qui est une part du problème. La condensation nocturne, elle, dépend de la ventilation et de l’écart de température entre l’air et la feuille.

Sources

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