L’erreur la plus courante sur une planche de chou paillée coûte le bénéfice entier de l’opération : poser le paillis sur un sol sec et mal désherbé. Un paillis conserve l’humidité qu’il trouve, il ne la crée pas, et une couche de 7 cm posée sur des adventices déjà levées les protège du soleil au lieu de les étouffer. La règle de pose est donc fixe : désherber complètement, arroser, poser le paillis sur sol humide, puis arroser à nouveau par dessus. Ensuite seulement le paillage travaille pour vous, en coupant l’évaporation, en limitant la levée des adventices et en évitant les éclaboussures de terre sur les feuilles basses.
Les effets mesurés sur chou, en conditions sahéliennes
L’essai le plus directement transposable a été publié en 2025 par Masasi et ses coauteurs dans la revue Sustainability. Il a été conduit au village de Sonsongona, près de Bobo-Dioulasso, dans la province du Houet au Burkina Faso, sur trois cultures maraîchères : le chou de variété Oxylus, l’oignon Violet de Galmi et la tomate Cobra. Le paillis utilisé était de la paille de riz issue de la culture précédente, étalée sur environ 10 cm d’épaisseur, les parcelles étant irriguées tous les deux jours sur la base des besoins calculés avec le logiciel CropWat 8.0.
- Rendement supérieur de 42 % sur le chou et sur la tomate paillés, et de 58 % sur l’oignon, par rapport aux parcelles non paillées.
- À 30 jours, les plants paillés étaient plus développés de 8 % sur le chou, 32 % sur l’oignon et 27 % sur la tomate.
- Productivité de l’eau d’irrigation de 4,75 kg par mètre cube sur le chou paillé, contre 1,90 sur l’oignon et 2,59 sur la tomate.
Sur la mécanique, la synthèse de Nazar et ses coauteurs publiée en 2020 dans le Bulletin of the National Research Centre rassemble les ordres de grandeur. Un paillis de paille peut réduire le taux d’évaporation de 35 %, d’après les travaux de Russell cités dans cette revue. Une couche mince de 0,6 pouce réduit l’érosion d’environ 86 % selon Borst et Woodburn, qui mesurent aussi une baisse de 43 % du ruissellement. En conditions chaudes et sèches, Martin et Poultney relèvent une baisse de température du sol de 10 °C sous paillis. Sur l’ensemble des essais recensés, le gain de rendement va de 7 à 47 %.
Pourquoi le chou en particulier
Les repères de la FAO expliquent la sensibilité de cette culture. Le chou pommé a besoin de 380 à 500 mm d’eau selon le climat et la durée du cycle, sur une période de végétation qui va de 90 jours en semis de saison fraîche à 200 jours, l’optimum de production se situant entre 120 et 140 jours. Son enracinement est court : l’essentiel des racines se trouve dans les 0,4 à 0,5 premier mètre de sol, et la totalité de l’eau est prélevée dans cette couche. Le prélèvement commence à être freiné dès que la réserve utile est épuisée d’environ 35 %, pour une évapotranspiration de 5 à 6 mm par jour.
Autrement dit, un chou puise dans un volume de sol réduit et supporte mal un déficit. Il réclame aussi de la fraîcheur : la FAO situe l’optimum à une température moyenne journalière d’environ 17 °C, avec un maximum moyen de 24 °C et un minimum de 10 °C. Dans une plaine ouest-africaine où l’air dépasse largement ces valeurs, l’écrêtage de la température du sol par un paillis et la réduction de l’évaporation agissent exactement sur les deux contraintes qui limitent la culture.
Le coefficient cultural suit le développement du couvert : 0,4 à 0,5 à l’installation sur 20 à 30 jours, 0,7 à 0,8 en développement sur 30 à 35 jours, 0,95 à 1,1 en pleine végétation sur 20 à 30 jours, puis 0,9 à 1,0 en fin de cycle et 0,8 à 0,95 à la récolte. La densité de référence est de 30 000 à 40 000 plants par hectare, avec un écartement entre rangs de 0,3 à 0,5 m pour des pommes de petit calibre et de 0,5 à 0,9 m pour des pommes plus grosses. C’est cet écartement qui détermine la surface de sol nu à couvrir, donc la quantité de paillis à prévoir.
Choisir le matériau
| Matériau | Intérêt sur une planche de chou | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Paille de riz ou de céréale | Le matériau de l’essai de Bobo-Dioulasso, léger, facile à étaler, se dégrade en matière organique | Vérifier l’absence de graines de mauvaises herbes dans la botte |
| Herbe sèche de fauche | Disponible sur place en fin de saison des pluies, se décompose vite | Faire sécher avant pose, sinon la couche se tasse et chauffe |
| Feuilles mortes et résidus de taille de haie | Gratuits, bonne tenue dans le temps | Fragmenter les éléments ligneux, qui se dégradent lentement |
| Copeaux de bois et écorces | Tenue longue, adaptés aux allées et aux abords de planche | Riches en lignine, à réserver aux cultures pérennes plutôt qu’au chou |
| Film plastique de paillage | Couverture immédiate et homogène, blocage total de la lumière | N’apporte pas de matière organique, demande un repliement soigné des bords |
| Paillis minéraux | Sans intérêt ici | Non biodégradables et non adaptés à une planche maraîchère, selon la fiche technique publiée par la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt Auvergne-Rhône-Alpes |
Quelle épaisseur viser
La même fiche technique donne trois repères utilisables tels quels. Une couche d’environ 7 cm constitue l’épaisseur de travail sur une planche établie. Sur de jeunes plants, on commence à 2 à 3 cm, puis on complète jusqu’à 7 cm quand la culture a pris de la hauteur. Et pour bloquer la germination des adventices, il faut une couche assez épaisse, de l’ordre de 10 cm, qui prive le sol de lumière. L’essai burkinabè se situe précisément sur ce dernier palier, avec ses 10 cm de paille de riz.
Prévoyez de recharger en cours de cycle : un paillis organique perd quelques centimètres à mesure qu’il se décompose, et un chou de 120 jours traverse une bonne partie de cette dégradation.
Poser le paillis, étape par étape
- Désherber la planche entièrement. C’est la condition posée par la fiche technique de référence, et la raison de l’échec le plus fréquent.
- Décompacter et apporter la fumure de fond avant de couvrir, puisque le sol ne sera plus accessible facilement.
- Arroser jusqu’à humecter la couche racinaire sur 40 à 50 cm, profondeur où le chou prélève la totalité de son eau.
- Étaler le paillis à 7 cm sur une planche établie, 10 cm si la pression des adventices est forte, en évitant les journées de vent fort.
- Dégager le collet de chaque plant. Ne couvrez jamais la jonction entre la tige et les racines, sous peine de pourriture au collet.
- Arroser à nouveau par dessus pour plaquer la couche et éviter qu’elle ne s’envole.
- Contrôler l’infiltration après le premier arrosage suivant. Si l’eau ruisselle sur un paillis tassé et sec, griffez la surface pour qu’elle pénètre.
Paillage et goutte à goutte, à combiner
Le paillis et la rampe de goutteurs agissent sur deux pertes différentes. La rampe supprime la perte par aspersion et dépose l’eau au pied du plant, le paillis supprime l’évaporation depuis la surface du sol entre deux arrosages. Posez la rampe d’abord, sous le paillis, pour pouvoir la contrôler sans défaire la couche, et repérez l’emplacement des goutteurs avant de couvrir. La logique de pose des rampes et du paillage sur planche est détaillée dans notre article sur l’installation d’un goutte à goutte sur planche.
Un bénéfice sanitaire s’ajoute à l’économie d’eau : la couche de paillis intercepte les éclaboussures de terre qui remontent sur les feuilles basses, et ces éclaboussures transportent des spores. C’est l’une des mesures prophylactiques citées dans notre guide sur le mildiou de la tomate en climat tropical, culture souvent conduite en rotation avec le chou.
Erreurs à écarter
- Poser sur sol sec, ou sur sol mal désherbé.
- Couvrir le collet des plants.
- Utiliser de l’herbe fraîchement fauchée en couche épaisse, qui se tasse et fermente.
- Oublier de recharger la couche en milieu de cycle.
- Pailler avant d’avoir épandu la fumure de fond.
- Étaler par vent fort, ce qui disperse la paille sur les planches voisines.
Pour situer le chou parmi les autres cultures de planche et leurs exigences, voyez notre panorama de la culture maraîchère en Afrique, et pour la culture associée la plus fréquente en rotation, notre itinéraire technique de la tomate.
Vos intrants de paillage avec JOGOO
JOGOO Agriculture fournit les films de paillage, les semences, les plateaux de pépinière, les substrats et le petit matériel de planche, et conseille sur le matériau le mieux adapté à votre sol et à votre calendrier. La page Agrofournitures & Intrants présente la gamme, et la page Contact permet de demander un devis pour votre surface.
Questions fréquentes
Quelle épaisseur de paillis pour une planche de chou ?
Environ 7 cm sur une planche établie, et de l’ordre de 10 cm quand l’objectif est de bloquer la germination des adventices. Sur de jeunes plants, commencez à 2 à 3 cm et complétez ensuite.
Faut-il arroser avant ou après avoir posé le paillis ?
Les deux. On humecte le sol avant la pose, puisqu’un paillis conserve l’humidité présente sans en apporter, et on arrose par dessus après la pose pour plaquer la couche.
De combien le paillage réduit-il l’évaporation ?
Un paillis de paille peut réduire le taux d’évaporation de 35 %, d’après les travaux de Russell repris dans la synthèse de Nazar et ses coauteurs de 2020.
Le paillage fait-il baisser la température du sol ?
Oui. En conditions chaudes et sèches, Martin et Poultney relèvent une baisse de 10 °C sous paillis, ce qui est appréciable pour une culture dont l’optimum thermique moyen est d’environ 17 °C.
Peut-on pailler par dessus une rampe de goutte à goutte ?
Oui, et c’est la combinaison recommandée. Posez la rampe d’abord, repérez l’emplacement des goutteurs, puis couvrez, afin de pouvoir contrôler la ligne sans défaire toute la couche.
Quelle quantité d’eau un chou consomme-t-il sur son cycle ?
De 380 à 500 mm selon le climat et la durée du cycle, selon les données de la FAO, prélevés en quasi-totalité dans les 40 à 50 premiers centimètres de sol.
Sources
- Masasi B., Aryal N., Millogo V., Masasi J., Srivastava A., Kalita P. K., 2025, Assessing the Impacts of Mulching on Vegetable Production Under Drip Irrigation in Burkina Faso, Sustainability 17(3), 916
- Nazar et coauteurs, 2020, Potential agricultural and environmental benefits of mulches, a review, Bulletin of the National Research Centre
- FAO, Terres et eaux, information sur les cultures, Chou
- Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt Auvergne-Rhône-Alpes, fiche technique Le paillage au potager


