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Une serre agricole ne remplit pas la même fonction en Afrique tropicale qu’en Europe. Sous climat chaud, l’abri ne sert pas à réchauffer la culture : il sert à la protéger de la pluie battante, du vent, du rayonnement excessif et des insectes vecteurs de virus, tout en évacuant une chaleur qui s’accumule très vite sous plastique. Les serres agricoles adaptées à la zone tropicale sont donc avant tout des ouvrages de ventilation. Une structure fermée, trop basse, mal orientée ou couverte d’un filet trop fin produira moins qu’une parcelle de plein champ bien conduite. Ce guide détaille les familles d’abris disponibles, les paramètres de conception qui décident réellement du résultat, et ce que montrent les essais conduits au Bénin et au Sénégal.
1. Ce qu’un abri change vraiment sous climat tropical
Le premier effet mesurable d’un abri en zone chaude est thermique, et il va dans le mauvais sens. Dans les essais conduits au Sud-Bénin sur tomate de contre-saison sous abri couvert de filet anti-insectes, la température sous abri a augmenté de 4 à 6 °C par rapport à l’extérieur, avec une humidité relative maintenue entre 70 et 80 % (Mensah et al., 2016). Un essai sénégalais conduit à la station ISRA/CDH de Sangalkam sur chou et tomate aboutit au même constat : l’ambiance sous filet est plus chaude et plus humide qu’à l’air libre (Correa, 2018).
Ce surplus de chaleur n’est pas rédhibitoire, mais il impose une règle de conception : au-delà d’une température maximale de 27 °C, une structure multichapelle doit être ventilée en permanence, et les ouvrants ne se justifient que dans les régions où les minima descendent sous 12 °C (Baudoin et von Zabeltitz, Acta Horticulturae 578). En Afrique de l’Ouest et centrale, aucune de nos zones de production maraîchère ne remplit la seconde condition. Autrement dit : ouvertures permanentes, toujours.
Le second effet est sanitaire, et c’est lui qui justifie l’investissement. Un filet correctement maillé bloque physiquement l’entrée des mouches blanches, pucerons et mineuses, ce qui réduit à la fois les dégâts directs et la transmission des viroses. L’essai béninois a produit des tomates commercialisables sans résidus de pesticides, un argument commercial que peu de producteurs de plein champ peuvent avancer.
2. Les grandes familles de serres agricoles
Quatre formes de structures sont documentées pour les régions tropicales : le tunnel simple en arceaux, l’arceau surélevé, la structure à deux pans (gable) et la structure à pans décalés, dite split-gable ou split-arch, qui ménage une ouverture de faîtage permanente (CARDI, 2014). En pratique, sur les exploitations d’Afrique de l’Ouest et centrale, on rencontre surtout :
- Le tunnel plastique simple. Le moins cher, le plus répandu, et aussi le plus exposé à la surchauffe s’il n’est pas ouvert sur les côtés. Convient aux pépinières et aux cycles de contre-saison courts.
- L’abri filet, ou screenhouse. Couverture intégrale en filet anti-insectes, sans plastique, parfois avec un toit plastique limité pour écarter la pluie. C’est la solution la plus cohérente en climat chaud et humide : elle protège des ravageurs sans piéger la chaleur autant qu’une bâche continue.
- L’ombrière. Filet d’ombrage seul, destiné à réduire le rayonnement sur les cultures sensibles et les pépinières. Elle ne protège ni de la pluie ni des insectes.
- La multichapelle. Plusieurs travées reliées par des chéneaux, pour les surfaces professionnelles. Elle impose une conception de ventilation sérieuse, avec ouvertures de faîtage.

3. Les cinq paramètres de conception qui décident du résultat
Le choix d’une serre agricole se joue sur des chiffres, pas sur un catalogue. Les recommandations ci-dessous proviennent du manuel de référence pour la serriculture tropicale publié par le CARDI.
3.1 La surface d’ouverture
Pour une serre à ventilation naturelle, la surface d’ouverture en toiture doit représenter 20 % de la surface au sol (CARDI, 2014). C’est la règle la plus souvent bafouée sur le terrain : un tunnel de 300 m² doit donc offrir environ 60 m² d’ouverture haute, pas deux portes aux extrémités.
3.2 La hauteur
Il faut un volume tampon d’air au-dessus de la culture : au minimum 1,60 m de hauteur pour une structure ouverte sur les côtés, et au moins 3 m pour une structure entièrement fermée (CARDI, 2014). Les tunnels bas vendus comme économiques cuisent littéralement la culture en saison sèche.
3.3 L’orientation
En climat tropical, une serre à travée unique s’oriente est-ouest, tandis qu’une multichapelle reliée par chéneaux s’oriente nord-sud (CARDI, 2014). L’orientation se corrige ensuite selon les vents dominants du site, puisque la ventilation naturelle dépend d’abord d’eux.
3.4 Les dimensions
Pour une structure fermée à ventilation passive, la largeur maximale conseillée est d’environ 10 m, pour une longueur d’environ 22 m (CARDI, 2014). Au-delà, l’air central ne se renouvelle plus et il faut passer à la ventilation mécanique, donc à l’énergie.
3.5 Le maillage du filet
Pour exclure la mouche blanche, l’ouverture des mailles ne doit pas dépasser 0,29 mm, ce qui correspond à un filet 58 mesh ; le même filet arrête également les pucerons et les mineuses (CARDI, 2014). Attention au compromis : plus le filet est fin, plus il freine la circulation de l’air, un point explicitement signalé dans les travaux sur les constructions destinées aux petits producteurs des régions tropicales (Baudoin et von Zabeltitz). Un filet fin impose donc une structure plus haute et plus ouverte, pas l’inverse.
4. Ce que montrent les essais ouest-africains
Deux résultats méritent d’être lus ensemble, parce qu’ils disent des choses différentes.
Au Sud-Bénin, la culture de tomate de contre-saison sous abri couvert de filet anti-insectes a permis d’atteindre des rendements commercialisables de l’ordre de 50 à 57 t/ha, avec une réduction nette de la pression des oiseaux et une production sans risque de résidus de pesticides. L’analyse économique du même travail montre un écart considérable selon le circuit de vente : une marge nette de 407 FCFA/kg sur le marché biologique contre 7 FCFA/kg sur le marché conventionnel (Mensah et al., 2016). Le débouché compte donc autant que la technique.
Au Sénégal, l’essai conduit à Sangalkam sur chou et tomate en saison sèche donne un résultat plus sobre : la mise en place des filets n’a pas modifié le rendement, sauf un effet positif sur le nombre de fruits de tomate avec un filet de type moustiquaire. Surtout, les filets ont réduit les infestations de gros insectes, comme les noctuelles, mais ont favorisé les petits ravageurs, notamment les pucerons, avec des pertes de rendement associées, et ont limité la colonisation par les ennemis naturels (Correa, 2018).
La leçon est claire : un abri n’est pas un produit, c’est un système. Il supprime une partie de la pression parasitaire et en crée une autre. Sans surveillance des pucerons, sans introduction ou préservation d’auxiliaires, sans gestion de l’ambiance, l’investissement ne se rembourse pas. C’est exactement la logique de lutte intégrée que nous appliquons en protection des cultures, et que nous détaillons par exemple pour le mildiou de la tomate en climat tropical.
5. Quelles cultures rentabilisent un abri
Une serre agricole ne se rentabilise que sur des cultures à forte valeur ajoutée, vendues hors saison ou sur un segment qualitatif. Les candidates habituelles en Afrique de l’Ouest et centrale sont la tomate de contre-saison, le poivron, le concombre, la laitue et les aromatiques, ainsi que la production de plants en pépinière, qui reste l’usage le plus sûr d’un premier abri. Les cultures vivrières de plein champ n’ont aucun intérêt sous abri.
Pour arbitrer entre les espèces et leurs marges, notre dossier sur la culture maraîchère en Afrique compare les rendements et les coûts par hectare, et le guide plantation de la tomate reprend l’itinéraire technique complet du semis à la récolte.

6. Abri et hors sol : deux décisions distinctes
Beaucoup de porteurs de projet confondent serre et culture hors sol. Ce sont deux choix indépendants. On peut produire en pleine terre sous abri, ce qui reste la formule la plus accessible, et on peut conduire un système hors sol sous simple ombrière. Le hors sol se justifie quand le sol est contaminé, salé ou inexistant, pas parce qu’une serre a été construite. Les systèmes, les coûts d’installation et les conditions de rentabilité sont détaillés dans notre dossier culture hors sol et hydroponie en Afrique.
7. Irrigation et fertilisation sous abri
Sous abri, la pluie ne rentre plus : la totalité des besoins en eau devient votre responsabilité, et l’irrigation localisée n’est plus une option mais une condition de fonctionnement. Le goutte à goutte s’impose pour trois raisons : il apporte l’eau au pied sans mouiller le feuillage, donc sans favoriser les maladies dans une ambiance déjà humide ; il permet la fertirrigation ; il limite le développement des adventices entre les rangs. Notre guide sur le système d’irrigation goutte à goutte détaille le dimensionnement et les coûts, et nos équipes irrigation et pompage assurent l’étude et l’installation.
Côté nutrition, le pilotage doit être fractionné et ajusté au stade, puisque le volume de sol exploré est souvent réduit et que le lessivage n’est plus assuré par les pluies. Les formules et les dosages usuels par culture sont repris dans notre guide des engrais NPK, foliaires et organiques.
8. Les erreurs qui coûtent le plus cher
- Fermer l’abri pour mieux protéger, et le transformer en étuve. La protection vient du maillage, pas de l’étanchéité.
- Choisir une structure basse pour économiser sur les arceaux, puis perdre la culture en saison sèche.
- Installer un filet fin sans augmenter la surface d’ouverture, ce qui annule la ventilation naturelle.
- Négliger l’ancrage et la résistance au vent : en zone tropicale, les pluies violentes et les rafales sont la première cause de destruction des abris légers.
- Réutiliser un sol déjà cultivé en solanacées sans rotation ni désinfection, et concentrer sous abri les pathogènes telluriques.
- Construire avant d’avoir sécurisé le débouché commercial, alors que l’essai béninois montre que la marge dépend d’abord du circuit de vente.
9. Dimensionner votre projet
Un projet d’abri sérieux commence par trois données : le microclimat du site, avec les vents dominants et les températures maximales ; la culture visée et son calendrier de contre-saison ; le débouché et le prix attendu. Le reste, structure, maillage, ventilation, irrigation, en découle. JOGOO Agriculture conçoit et installe des serres agricoles adaptées aux conditions d’Afrique subsaharienne, et accompagne les porteurs de projet sur l’ensemble de la chaîne, de l’étude de faisabilité à la mise en production, à travers ses offres projets agricoles clé en main et conseil et ingénierie agricole.
Sources et références
- CARDI (2014). Tropical Greenhouse Growers Manual for the Caribbean. Caribbean Agricultural Research and Development Institute.
- Mensah A., Simon S., Assogba Komlan F., Adjaïto L., Martin T., Ngouajio M. (2016). Intensification de la culture de tomate sous abri couvert de filet anti-insectes en région chaude et humide du Sud-Bénin. Science et Technique, Revue burkinabè de la recherche, série Sciences naturelles et agronomie, n° 2, p. 267-283.
- Correa P. (2018). Potentiel de la lutte physique en maraîchage au Sénégal et impact sur la régulation naturelle. Université Cheikh Anta Diop de Dakar, essais conduits à la station ISRA/CDH de Sangalkam.
- Baudoin W. O., von Zabeltitz C. Greenhouse Constructions for Small Scale Farmers in Tropical Regions. Acta Horticulturae 578, p. 171-179, International Society for Horticultural Science.
Article rédigé par l’équipe agronomique de JOGOO Agriculture. Les recommandations de conception doivent être adaptées au microclimat, aux vents dominants et à la culture visée sur chaque site.
Questions fréquentes
Quelle surface d’ouverture prévoir sur une serre agricole en climat tropical ?
Pour une serre à ventilation naturelle, la surface d’ouverture en toiture doit représenter 20 % de la surface au sol, selon le manuel de serriculture tropicale du CARDI. Un abri de 300 m² demande donc environ 60 m² d’ouverture haute, en plus des ouvertures latérales.
Une serre fait-elle monter la température sous climat chaud ?
Oui. Les essais conduits au Sud-Bénin sur tomate sous abri filet ont mesuré une hausse de 4 à 6 °C par rapport à l’extérieur, avec une humidité relative de 70 à 80 %. C’est la raison pour laquelle la hauteur sous faîtage et la surface d’ouverture sont les deux premiers critères de choix en zone tropicale.
Quel maillage de filet anti-insectes choisir ?
Pour exclure la mouche blanche, il faut une ouverture de maille d’au plus 0,29 mm, soit un filet 58 mesh, qui arrête aussi les pucerons et les mineuses. Ce filet fin réduit toutefois la circulation de l’air : il impose une structure plus haute et davantage d’ouvertures.
Une serre augmente-t-elle toujours le rendement ?
Non. L’essai sénégalais de Sangalkam n’a pas observé de modification du rendement du chou et de la tomate sous filet, et a constaté une multiplication des pucerons ainsi qu’une moindre colonisation par les ennemis naturels. Un abri déplace la pression parasitaire, il ne la supprime pas, et doit être conduit en lutte intégrée.
Quelles cultures mettre sous serre en Afrique de l’Ouest ?
Les cultures à forte valeur vendues hors saison : tomate de contre-saison, poivron, concombre, laitue, aromatiques, ainsi que la production de plants en pépinière. Les cultures vivrières de plein champ n’ont pas d’intérêt économique sous abri.
Faut-il forcément produire hors sol sous une serre ?
Non. La culture en pleine terre sous abri reste la formule la plus accessible. Le hors sol se justifie quand le sol est contaminé, salé ou indisponible, indépendamment de la présence d’une serre.
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