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Cette fiche technique rassemble l’itinéraire complet de la culture de la pastèque (Citrullus lanatus) en conditions tropicales, du choix de la variété jusqu’à la conservation des fruits. Les repères essentiels : un cycle de 80 à 110 jours, un semis direct en poquets, un besoin en eau de 400 à 600 mm et un rendement commercial de 20 à 35 tonnes par hectare en irrigation maîtrisée. Chaque chiffre est tiré d’une source citée en fin de fiche : FAO, CNRADA, Université d’Abomey-Calavi, Université de Yaoundé I et services de vulgarisation agricole universitaires.
Plus rustique que le melon, la pastèque reste une culture de contre-saison. Elle donne son meilleur sous un climat chaud et sec, avec une eau bien pilotée et une pollinisation assurée par les abeilles.
Fiche technique en résumé
| Paramètre | Valeur de référence |
|---|---|
| Cycle total | 80 à 110 jours selon le climat et la variété |
| Température de l’air | 22 à 30 °C en moyenne journalière, 18 °C minimum, 35 °C maximum |
| Germination | Sol à 16 °C environ au minimum, optimum entre 21 et 35 °C |
| Sol | Sablo-limoneux, profond, bien drainé, pH 5,8 à 7,2 |
| Implantation | Semis direct, 3 graines par poquet à 1 ou 2 cm |
| Écartement | 1 m sur 1 m, ou 2 m entre lignes et 1 m sur la ligne |
| Densité | 5 000 à 10 000 poquets par hectare |
| Besoins en eau | 400 à 600 mm sur le cycle, soit environ 6 000 m³/ha |
| Pollinisation | Abeilles, 2,5 à 4,5 ruches par hectare |
| Rendement | 20 à 35 t/ha en conduite irriguée |
| Conservation | 10 à 15 °C, 85 à 90 % d’humidité, environ 2 semaines |
Climat et période de culture
La pastèque est originaire des zones sèches d’Afrique tropicale. Selon la FAO, elle recherche une température moyenne journalière de 22 à 30 °C, avec un maximum de croissance autour de 35 °C et un minimum autour de 18 °C. Le cycle complet dure de 80 à 110 jours selon le climat.
Le climat influence directement la qualité : les fruits produits en conditions chaudes et sèches atteignent environ 11 % de sucre, contre 8 % en conditions fraîches et humides (FAO). Une saison des pluies marquée favorise aussi les maladies du feuillage et des fruits. En Afrique de l’Ouest et du Centre, la fenêtre la plus sûre reste donc la saison sèche, avec irrigation. La fiche du CNRADA indique que le semis est possible toute l’année dès lors que l’irrigation est assurée.

Choix de la variété
Pour le marché local, les variétés à fruits de petit à moyen calibre se manipulent et se vendent plus facilement. Les références disponibles en Afrique de l’Ouest et du Centre donnent les repères suivants :
| Variété | Repère publié | Source |
|---|---|---|
| Koloss | 24,7 t/ha, 7,5 °Brix, adaptée à tout le Bénin | Université d’Abomey-Calavi, 2018 |
| Logone | 20,6 t/ha, 7,8 °Brix, recommandée pour le nord du Bénin | Université d’Abomey-Calavi, 2018 |
| Gray-belle | 20,3 t/ha, 7,6 °Brix, adaptée à tout le Bénin | Université d’Abomey-Calavi, 2018 |
| Kaolack | 19,4 t/ha au Bénin ; cycle d’environ 80 jours au Cameroun | Université d’Abomey-Calavi, 2018 ; Université de Yaoundé I, 2022 |
| Crimson Sweet | Parmi les deux meilleures variétés du marché camerounais évaluées | Université de Yaoundé I, 2022 |
| Sugar Baby | Chair rouge foncé, petits fruits, 20 à 35 t/ha ; cycle d’environ 110 jours au Cameroun | CNRADA ; Université de Yaoundé I, 2022 |
Dans l’essai de l’Université de Yaoundé I portant sur cinq variétés du marché, Kaolack et Crimson Sweet ont donné les meilleurs résultats et les meilleurs taux de levée (environ 90 %). Kaolack a porté en moyenne près de 4 fruits par plant dans le lot témoin. Achetez toujours des semences certifiées, en sachets fermés, auprès d’un distributeur reconnu.
Sol et préparation
La pastèque préfère un sol sablo-limoneux, meuble, profond, bien drainé et riche en matière organique. La FAO retient un pH de 5,8 à 7,2 ; la fiche de l’Université d’Abomey-Calavi recommande 5,8 à 6,5. Les sols lourds ralentissent le développement et favorisent l’éclatement des fruits. Son enracinement peut descendre à 1,5 ou 2 m : une semelle de labour ou un sol compacté plafonne la culture dès le départ.
Labourer sur 30 cm, niveler, puis incorporer la fumure organique avec la fumure minérale de fond. En sol sableux, la culture se conduit à plat ; en sol lourd, sur billons hauts espacés d’un mètre (CNRADA).
La pastèque est modérément sensible à la salinité. La FAO donne les pertes de rendement suivantes selon la conductivité électrique de l’extrait de sol : aucune perte à 2,5 dS/m, 10 % à 3,3 dS/m, 25 % à 4,4 dS/m et 50 % à 6,3 dS/m. Faites analyser l’eau d’irrigation avant de lancer un projet en zone sahélienne ou côtière.
Semis et densité de plantation
La pastèque se sème directement en place. La germination demande un sol d’environ 16 °C au minimum, avec un optimum entre 21 et 35 °C (Université d’État de l’Oregon), une condition facile à remplir en zone tropicale. Placer 3 graines par poquet à 1 ou 2 cm de profondeur (CNRADA). Le démariage intervient 15 à 25 jours après le semis selon la FAO ; la fiche béninoise conseille de ne garder qu’un ou deux plants par poquet après la levée.
Deux schémas de plantation sont publiés pour l’Afrique de l’Ouest :
- 1 m sur 1 m, soit environ 10 000 plants par hectare, avec 3 à 5 kg de semences par hectare (CNRADA, Mauritanie).
- 2 m entre lignes et 1 m sur la ligne, soit 5 000 poquets par hectare, avec environ 500 g de semences par hectare (Université d’Abomey-Calavi, Bénin).
L’écart de dose de semences reflète la densité et le type de semence. Les grandes variétés à fruits lourds se conduisent plus large : la FAO cite des écartements allant jusqu’à 1,8 m sur 2,4 m.

Irrigation
La FAO chiffre les besoins à 400 à 600 mm pour un cycle de 100 jours ; la fiche du CNRADA retient environ 6 000 m³ par hectare. Les coefficients culturaux de la FAO permettent de caler les apports sur l’évapotranspiration de référence :
| Stade | Durée | Coefficient cultural (Kc) |
|---|---|---|
| Initial | 10 à 20 jours | 0,4 à 0,5 |
| Développement | 15 à 20 jours | 0,7 à 0,8 |
| Mi-saison | 35 à 50 jours | 0,95 à 1,05 |
| Fin de cycle | 10 à 15 jours | 0,8 à 0,9 |
| À la récolte | 70 à 105 jours après semis | 0,65 à 0,75 |
Trois périodes sont très sensibles au manque d’eau : le développement des tiges, la floraison et le grossissement des fruits. Pendant ces phases, la FAO recommande de ne jamais laisser le sol perdre plus de la moitié de sa réserve utile. À l’approche de la maturité, un sol relativement sec améliore la teneur en sucre, alors qu’un excès d’eau donne des fruits fades. Un stress sévère en fin de cycle provoque en revanche des fruits éclatés et déformés.
L’irrigation goutte à goutte est la solution de référence sur sols légers : elle réduit la consommation d’eau, garde le feuillage sec et permet la fertirrigation. La fiche béninoise déconseille l’aspersion à partir de la floraison, car elle provoque la chute des fleurs. Nos solutions d’irrigation et pompage couvrent le dimensionnement du réseau, de la pompe et de la filtration.
Fertilisation
Pour une forte production, la FAO estime les besoins de la culture à 80 à 100 kg d’azote, 25 à 60 kg de phosphore et 35 à 80 kg de potassium par hectare. Deux programmes publiés en Afrique de l’Ouest permettent de passer de ces besoins à des doses pratiques :
| Moment | CNRADA (Mauritanie) | Université d’Abomey-Calavi (Bénin) |
|---|---|---|
| Préparation du sol | 30 t/ha de fumier et 300 kg/ha de 10-10-20 | 10 t/ha de matière organique et 100 kg/ha de NPK 15-15-15 |
| 3 semaines après semis | 100 kg/ha de NPK 15-15-15 | |
| 40 jours après semis | 250 kg/ha de 10-10-20 | |
| 6 semaines après semis | 50 kg/ha d’urée et 50 kg/ha de sulfate de potassium |
Les deux programmes renforcent le potassium au moment où la plante entre en floraison et en grossissement des fruits : c’est lui qui gouverne le remplissage et la teneur en sucre. Les doses doivent être calées sur une analyse de sol, en s’appuyant sur notre guide des engrais NPK. Voir aussi nos prestations de fertilisation et nutrition végétale.
Conduite de la culture
Les sarclo-binages doivent être réguliers, surtout en début de culture et après les pluies, tant que les tiges n’ont pas couvert le sol (CNRADA). Le paillage limite l’évaporation, contrôle les adventices et isole les fruits du sol humide. La fiche béninoise recommande de glisser des résidus végétaux sous les fruits en formation pour éviter les pourritures de contact.
Une plante porte en général 4 fruits (FAO). Le nombre de fruits conservés, réglé par la taille et l’éclaircissage, détermine le calibre final et l’homogénéité de la récolte.
Pollinisation
La pastèque porte des fleurs mâles et femelles séparées : sans insectes pollinisateurs, pas de fruits. Les références de l’Université de Floride indiquent que la nouaison est meilleure lorsque chaque fleur reçoit au moins 8 visites d’abeilles, et qu’il faut environ 1 000 grains de pollen bien répartis sur le stigmate pour obtenir un fruit régulier. Un apport insuffisant donne des fruits déformés.
Sur les grandes surfaces, prévoir des ruches pendant la floraison : au moins une colonie par acre, soit environ 2,5 par hectare, selon l’Université d’État de l’Oregon ; la moyenne de la littérature citée par l’Université de Floride est de 4,5 ruches par hectare. Aucun traitement insecticide ne doit être appliqué pendant les heures de butinage. Sous serre agricole, ouvrir les filets pendant la floraison ou introduire des pollinisateurs.
Ravageurs
- Mouches des fruits (Dacus ciliatus, Atherigona spp.) : elles creusent des galeries dans la chair ; l’extérieur du fruit montre de petits trous avec des gouttes d’exsudat (CNRADA). Au Bénin, elles sont le principal ravageur, de la nouaison jusqu’à ce que le fruit atteigne la taille d’une orange. Retirer et enfouir les fruits piqués ou pourris, ne pas retarder la récolte et piéger les adultes.
- Coccinelle des cucurbitacées (Epilachna chrysomelina) : orange à rouge avec 12 points noirs, elle ronge le dessous des feuilles jusqu’à n’en laisser que les nervures (CNRADA).
- Pucerons : ils affaiblissent les plants et transmettent les virus de la mosaïque. Arracher les plants très infestés et éliminer les débris de culture.
- Chenilles et acariens : traiter seulement en cas d’attaque avérée, avec un produit homologué.
La fiche béninoise cite les produits à base de neem parmi les moyens de lutte contre les mouches, les pucerons et les chenilles.
Maladies
| Maladie | Signes | Conditions favorables | Prévention |
|---|---|---|---|
| Oïdium (Podosphaera xanthii) | Feutrage blanc sur les feuilles, qui jaunissent puis se dessèchent | Temps chaud et couvert ; infection possible dès 46 % d’humidité, sans pluie | Surveillance après la floraison, soufre, alternance des fongicides |
| Mildiou (Pseudoperonospora cubensis) | Taches jaunes sur les vieilles feuilles, qui brunissent ; les feuilles s’enroulent | Forte humidité, feuillage mouillé | Irrigation localisée, traitements préventifs |
| Anthracnose (Colletotrichum) | Taches brunes sur feuilles, lésions allongées sur tiges, taches creuses sur fruits | Temps chaud et pluvieux, éclaboussures, aspersion | Semences saines, rotation, goutte à goutte |
| Chancre gommeux (Stagonosporopsis cucurbitacearum) | Taches brun foncé à noires en bordure des feuilles | Pluie, humidité, sols humides | Rotation de 2 ans minimum, éloigner les nouvelles parcelles des anciennes |
| Fusariose (Fusarium oxysporum f. sp. niveum) | Flétrissement d’un côté de la tige, brunissement interne du collet | Champignon du sol qui persiste de nombreuses années | Variétés résistantes, greffage, rotation longue |
| Viroses (mosaïques) | Jeunes feuilles déformées, marbrées, plants rabougris | Transmission par les pucerons, plantations tardives | Semis précoce, désherbage, éloigner des parcelles infectées |
Source : service de vulgarisation de l’Université d’État de l’Oklahoma, qui recommande une rotation de 3 à 4 ans hors cucurbitacées comme pratique générale. Pour le choix des produits homologués dans votre pays, voir nos solutions de protection des cultures.
Récolte
Selon le CNRADA, la récolte débute vers 70 jours après le semis pour les variétés précoces et entre 85 et 100 jours pour les autres. Au Cameroun, l’essai de l’Université de Yaoundé I a relevé environ 80 jours pour Kaolack et 110 jours pour Sugar Baby.
La pastèque ne gagne ni sucre ni couleur après la coupe (Université de Californie à Davis) : une récolte trop précoce est définitive. Les signes de maturité à vérifier ensemble :
- la tache de contact avec le sol passe du blanc pâle au jaune crème ;
- la vrille la plus proche du pédoncule est flétrie ou sèche ;
- le fruit sonne creux quand on le frappe ;
- sur un fruit test, la teneur en sucre atteint au moins 10 % au centre.
Récolter tôt le matin, couper le pédoncule plutôt que de l’arracher et manipuler les fruits sans choc : les meurtrissures et les fissures causent plus de pertes que les maladies après récolte.
Conservation après récolte
L’Université de Californie à Davis recommande de conserver les pastèques entre 10 et 15 °C, avec 85 à 90 % d’humidité relative. La durée de conservation est d’environ 14 jours à 15 °C et peut atteindre 21 jours entre 7 et 10 °C. En dessous de 7 °C pendant plusieurs jours, les fruits subissent des dégâts de froid : piqûres, chair décolorée, perte de goût. La pastèque est aussi sensible à l’éthylène : une exposition à 5 ppm pendant 7 jours suffit à ramollir la chair. Stockez-la donc à l’écart des fruits qui en dégagent, comme les bananes en mûrissement.
Rendement attendu
- 20 à 35 t/ha en conduite irriguée avec fumure complète (CNRADA).
- 25 à 35 t/ha pour une bonne production commerciale irriguée (FAO).
- 19,4 à 24,7 t/ha selon la variété dans les références de l’Université d’Abomey-Calavi.
L’écart entre ces chiffres tient surtout à la maîtrise de l’eau, de la fertilisation et de la pollinisation, bien plus qu’à la variété seule.
Questions fréquentes
Quel est le cycle de la culture de la pastèque ?
De 80 à 110 jours selon le climat et la variété. Au Cameroun, Kaolack a été récoltée vers 80 jours et Sugar Baby vers 110 jours dans un essai de l’Université de Yaoundé I.
Quelle densité de plantation pour la pastèque ?
De 5 000 à 10 000 poquets par hectare : 2 m sur 1 m selon la fiche de l’Université d’Abomey-Calavi, ou 1 m sur 1 m selon le CNRADA.
Combien d’eau faut-il pour un hectare de pastèque ?
De 400 à 600 mm sur le cycle selon la FAO, soit environ 6 000 m³ par hectare. Les besoins sont maximaux pendant la floraison et le grossissement des fruits.
Quel engrais apporter à la pastèque ?
Une fumure organique de fond, puis des apports minéraux fractionnés riches en potassium. Le CNRADA recommande 30 t/ha de fumier, 300 kg/ha de 10-10-20 en fond et 250 kg/ha du même engrais 40 jours après le semis.
Pourquoi mes pastèques ne nouent pas ou sont déformées ?
La cause la plus fréquente est une pollinisation insuffisante. Chaque fleur femelle doit recevoir plusieurs visites d’abeilles. Évitez tout insecticide pendant le butinage et installez des ruches sur les grandes surfaces.
Comment savoir si une pastèque est mûre ?
La tache de contact avec le sol devient jaune crème, la vrille la plus proche du pédoncule se dessèche et le fruit sonne creux. La pastèque ne mûrit plus après la récolte.
Combien de temps se conserve une pastèque ?
Environ 2 semaines à 15 °C et jusqu’à 3 semaines entre 7 et 10 °C, avec 85 à 90 % d’humidité. En dessous de 7 °C, les fruits subissent des dégâts de froid.
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Sources
- FAO, Land and Water Division. Crop Information: Watermelon. Consulter la fiche
- CNRADA, Mauritanie. Fiche technique du melon et de la pastèque. Consulter la fiche
- Aglinglo L. A. et al. (2018). Fiche technique synthétique pour la production de la pastèque. Laboratoire GBioS, Université d’Abomey-Calavi, Bénin. Consulter le document
- Fokam P. E. (2022). Radiosensibilité de quelques variétés de pastèque (Citrullus lanatus) à la mutagenèse induite aux rayons gamma. Thèse, Université de Yaoundé I. Consulter la notice
- Oregon State University. Watermelon, Oregon Vegetables. Consulter la fiche
- Sanford M. T. et Ellis J. D. Beekeeping: Watermelon Pollination (ENY-154). UF/IFAS Extension. Consulter la publication
- UC Davis Postharvest Research and Extension Center. Watermelon. Consulter la fiche
- Oklahoma State University Extension. Watermelon Diseases. Consulter la fiche
Pour aller plus loin
- Culture de la pastèque : semis, irrigation et rendement à l’hectare : le guide détaillé, avec les essais variétaux et un compte d’exploitation réel.
- Fiche technique de la culture du melon : la cucurbitacée voisine, avec les mêmes ravageurs et la même dépendance aux pollinisateurs.
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