Rédigé par Katte Yato
Publié : 7 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

En 2022, un jasside inconnu de la région, Amrasca biguttula, originaire d’Asie du Sud-Est, s’est installé en Côte d’Ivoire et a provoqué 30 % de perte de rendement sur coton, selon le CIRAD, qui conduit depuis le projet DURAGOMBO sur cette espèce en culture de gombo et d’aubergine africaine. Pour un producteur de gombo, la conséquence est pratique : l’insecte qui enroule les feuilles de votre parcelle n’est plus forcément celui que vous aviez l’habitude de voir. La méthode de travail, elle, ne bouge pas. On lit le dégât, on nomme le ravageur, on compte, et on ne traite que si le comptage le justifie.

Lire le dégât avant de choisir un produit

Sur gombo, le symptôme visible suffit presque toujours à orienter le diagnostic, à condition de regarder au bon endroit du plant et au bon moment de la journée. Le tableau ci-dessous est celui que nos agronomes utilisent en tournée de parcelle.

Ce que vous voyez Cause probable Où regarder
Feuilles recroquevillées vers le bas, bords jaunes puis rouge brique, croissance bloquée Jassides, dont Amrasca biguttula Face inférieure des jeunes feuilles, en plein jour
Petits trous ronds et réguliers, feuillage criblé comme une passoire Altises du genre Podagrica Feuilles du haut du plant, tôt le matin
Marbrures jaunes en mosaïque, nervures éclaircies, plant chétif isolé dans la ligne Virus de la mosaïque du gombo, transporté par les altises Jeunes feuilles, sur quelques plants d’abord
Feuillage collant, dépôt noir de fumagine, colonies serrées sur les tiges Pucerons et mouche blanche Sommets de tiges et face inférieure des feuilles
Capsules perforées, galeries dans la pulpe, chute de boutons floraux Chenilles de capsules Boutons et jeunes capsules, à la cueillette
Feutrage blanc poudreux sur la face supérieure des feuilles basses Oïdium Bas du plant, après une séquence sèche

Deux pièges reviennent sans cesse. Le premier est de traiter un enroulement de feuilles comme une maladie, alors qu’il s’agit presque toujours d’une piqûre de jasside. Le second est de traiter un plant déjà viré, c’est-à-dire porteur du virus de la mosaïque : aucun produit ne le guérira, et il sert de réservoir pour les altises qui viendront y piquer. Ce plant doit sortir de la parcelle.

Les jassides, premier poste de dégât depuis 2022

Le jasside pique la nervure et injecte sa salive. La feuille réagit en se refermant vers le bas, puis se décolore par les bords, du jaune au rouge brique. Sur un plant jeune, la croissance s’arrête net et la floraison est retardée. Le CIRAD indique que l’espèce invasive Amrasca biguttula a remplacé les espèces locales sur gombo et sur aubergine, et que le projet DURAGOMBO évalue des solutions agroécologiques : biopesticides à base d’huile végétale de neem, de gingembre et de carapa, combinés à des filets anti-insectes. L’insecte cause à la fois un dégât direct par ses piqûres et la transmission de viroses.

Conséquence pratique pour la conduite de la parcelle : la protection contre les jassides se joue sur les trois premières semaines après la levée. Un plant piqué à ce stade ne rattrape pas son retard, même bien nourri ensuite. C’est la période où un filet anti-insectes posé sur la planche, ou sur la pépinière avant repiquage, paye le mieux. Le même raisonnement vaut sous abri, où l’exclusion des insectes vecteurs est l’une des fonctions premières de la structure, comme nous le détaillons dans notre article sur les serres agricoles en Afrique tropicale.

Les altises Podagrica transportent le virus

Les altises du genre Podagrica font deux dégâts pour le prix d’un. Le criblage des feuilles réduit la surface qui travaille, et l’insecte véhicule le virus de la mosaïque du gombo. Les travaux de Givord et Den Boer, publiés en 1980 dans Annals of Applied Biology et consultables dans le fonds documentaire de l’IRD, ont établi le mécanisme en Côte d’Ivoire : Podagrica decolorata est le vecteur le plus efficace, avec jusqu’à 60 % des plants tests infectés après une période d’acquisition de 24 heures suivie de 48 heures d’inoculation, et l’insecte conserve sa capacité de transmission pendant 6 jours. Les auteurs considèrent cette altise comme le vecteur principal dans le sud du pays, parce qu’elle est présente dans les champs de gombo toute l’année. Le criquet puant Zonocerus variegatus n’a transmis le virus que dans 2 cas sur 20 plants, ce qui en fait un vecteur occasionnel.

Cette présence permanente dans les parcelles change la façon de raisonner la campagne. Un gombo semé à côté d’une parcelle de gombo en fin de cycle hérite immédiatement de sa population d’altises et de ses plants virosés. Décaler les semis dans l’espace, arracher les reliquats de culture dès la dernière cueillette et nettoyer les bordures sont des gestes de protection, pas des gestes d’entretien.

Compter avant de traiter

Le comptage évite les deux erreurs coûteuses : traiter trop tôt, et traiter trop tard. Pitan et Ekoja ont mis en cage six densités d’altises Podagrica uniforma, soit 0, 5, 10, 20, 30 et 40 couples par cage, et publié leurs résultats dans Crop Protection en 2011. La plus faible densité provoquant une baisse significative du rendement en fruits frais était celle de 20 couples, ce que les auteurs retiennent comme seuil de dégât justifiant le déclenchement de la lutte. Au-delà de ce niveau, la perte de rendement en fruits frais dépassait 50 %. En dessous, à 5 et 10 couples, la plante compensait une partie du dégât sur certaines variables mesurées. Un essai en cage ne se transpose pas tel quel à une parcelle ouverte, mais il dit l’essentiel : un criblage léger ne justifie pas une intervention, et une population installée en fait une urgence.

La tournée de dépistage tient en quinze minutes sur une planche de maraîchage :

  1. Choisissez cinq points de comptage répartis en diagonale, loin des bordures, et revenez aux mêmes points chaque semaine.
  2. Sur chaque point, examinez cinq plants : trois jeunes feuilles du haut retournées pour les jassides, et le feuillage du sommet pour les trous d’altises.
  3. Passez tôt le matin, quand les altises sont encore peu mobiles et restent sur la feuille.
  4. Notez séparément le nombre de plants atteints et l’intensité du dégât sur chacun, car les deux ne progressent pas au même rythme.
  5. Marquez les plants à symptômes de mosaïque, puis arrachez-les et sortez-les de la parcelle le jour même.
  6. Reportez les comptages sur un cahier daté. Sans série de chiffres, impossible de savoir si une population monte ou si elle retombe seule.

La réponse de protection, dans l’ordre

L’ordre compte autant que le choix des produits. Les quatre niveaux se cumulent, ils ne se remplacent pas.

  1. La prophylaxie. Semis groupés dans le temps, destruction des reliquats, désherbage des bordures qui abritent les hôtes relais, et arrachage immédiat des plants virosés. C’est le niveau le moins visible et le plus rentable.
  2. L’exclusion physique. Filet anti-insectes sur la pépinière puis sur la planche pendant les trois premières semaines. Le CIRAD associe précisément ces filets aux biopesticides dans le dispositif qu’il évalue sur gombo.
  3. Les biopesticides. Les huiles végétales de neem, de gingembre et de carapa citées par le CIRAD agissent par contact et par répulsion. Elles demandent une couverture soignée de la face inférieure des feuilles et des passages rapprochés, parce qu’elles ne persistent pas.
  4. Le traitement conventionnel. Il se déclenche sur comptage, jamais par calendrier. Respectez la dose portée sur l’étiquette, le délai avant récolte, et alternez les modes d’action entre deux passages pour ne pas sélectionner une population résistante. Sur une culture cueillie tous les deux à trois jours comme le gombo, le délai avant récolte est le premier critère de choix du produit, avant toute autre considération.

Le raisonnement est le même que celui que nous appliquons à d’autres ravageurs majeurs, par exemple dans notre plan de lutte intégrée contre la chenille légionnaire d’automne du maïs, ou dans notre fiche sur le mildiou de la tomate en climat tropical : observation, seuil, puis intervention ciblée.

Le pulvérisateur fait la moitié du travail

Un bon produit mal appliqué donne le résultat d’un mauvais produit. Le guide de la FAO sur les pulvérisateurs agricoles, publié en 1998, fixe les exigences de qualité que doit remplir un appareil à dos : à la pression et au débit maximaux recommandés, la variation de débit aux buses ne doit pas dépasser 10 % en plus ou en moins ; l’appareil doit avoir une capacité minimale de 5 litres et un poids total en charge qui ne dépasse pas 25 kg ; les buses doivent être interchangeables et non réglables, conformes aux normes internationales ; les sangles portantes doivent mesurer au moins 50 mm de large. Le même guide demande que le fabricant fournisse la méthode permettant de savoir quand une buse est usée et doit être remplacée.

Le réglage sur le terrain se fait en trois mesures, à refaire à chaque changement de buse :

  1. Mesurez le débit réel d’une buse pendant une minute, à la pression de travail que vous tenez effectivement à la pompe, et répétez sur chaque buse de la rampe. Un écart marqué entre deux buses signale une usure ou un bouchage.
  2. Mesurez votre vitesse de marche sur une distance repérée au cordeau, en portant l’appareil chargé, puis relevez la largeur réellement traitée en un passage.
  3. Calculez le volume appliqué par hectare à partir de ces trois nombres, et ajustez la concentration de la bouillie en conséquence, jamais l’inverse.

Trois règles de sécurité ferment le chapitre, parce qu’elles conditionnent le droit de pulvériser : préparer la bouillie à l’extérieur et jamais dans la maison, porter la protection indiquée sur l’étiquette du produit, et stocker les produits sous clé, dans leur emballage d’origine, à l’écart des semences et des denrées. Les rinçages de cuve se font au champ, loin d’un puits ou d’un point de prélèvement d’eau.

Les six prochaines semaines

Où JOGOO intervient

JOGOO Agriculture fournit les produits de protection, les pulvérisateurs à dos et leurs pièces d’usure, les filets anti-insectes et les semences, et accompagne le diagnostic sur parcelle. Si vous hésitez entre deux réponses sur votre gombo, un passage d’agronome et un comptage tranchent plus vite qu’un essai à l’aveugle. Pour les bases de la conduite de la culture, notre article sur la culture du gombo couvre le semis, la fertilisation et la récolte. Pour le matériel et les intrants de protection, voyez notre offre Protection des Cultures, et passez par la page Contact pour un devis adapté à votre surface.

Questions fréquentes

Comment distinguer une attaque de jassides d’une carence ?

La carence colore les feuilles de façon régulière sur l’ensemble du plant et souvent sur toute la ligne. La piqûre de jasside donne un enroulement du limbe vers le bas et une coloration qui part des bords, avec des plants voisins très inégalement touchés. En retournant trois jeunes feuilles vous verrez les insectes se déplacer de côté.

Faut-il arracher un plant de gombo atteint de mosaïque ?

Oui, et le sortir de la parcelle. Aucun traitement ne guérit une plante virosée, et elle sert de source pour les altises qui la visitent, dont Podagrica decolorata conserve la capacité de transmission pendant 6 jours selon Givord et Den Boer.

À partir de quel niveau de criblage faut-il traiter les altises ?

Un criblage léger ne justifie pas une intervention. Dans l’essai en cage de Pitan et Ekoja, la baisse significative du rendement commence à 20 couples par cage, et la plante compense partiellement à 5 et 10 couples. Au champ, cela se traduit par un comptage régulier plutôt que par un traitement de calendrier.

Les huiles de neem suffisent-elles sur une parcelle de gombo ?

Elles font partie du dispositif agroécologique que le CIRAD évalue, en association avec des filets anti-insectes, et non en remplacement de tout le reste. Elles ne persistent pas, donc elles demandent des passages rapprochés et une bonne couverture de la face inférieure des feuilles.

À quelle fréquence vérifier son pulvérisateur ?

À chaque changement de buse et au moins une fois par mois en pleine campagne. La FAO demande que la variation de débit entre buses reste dans une fourchette de 10 % en plus ou en moins à la pression maximale recommandée, ce qui se vérifie en une minute par buse, chronomètre et récipient gradué en main.

Le gombo cueilli peut-il être traité la veille de la récolte ?

Seul le délai avant récolte porté sur l’étiquette du produit répond à cette question, et il doit être respecté sans exception. Sur une culture cueillie tous les deux à trois jours, ce délai élimine d’emblée une partie des produits disponibles, ce qui en fait le premier critère de choix.

Sources

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