Un lot de légumineuses dont la germination tombe sous 70 % ne doit pas être semé. Entre 70 et 80 %, Agriculture Victoria demande une analyse en laboratoire avant toute utilisation, et au-delà de 80 % le lot est jugé apte au semis. Ce seuil se vérifie à la ferme, sur du papier humide, en une dizaine de jours et sans matériel particulier. Le résultat sert ensuite à décider si le lot part au champ, et à corriger la dose de semences à l’hectare pour compenser ce qui ne lèvera pas.
Le test de germination, pas à pas
La méthode décrite par Agriculture Victoria pour les légumineuses et les céréales se transpose telle quelle au niébé. Elle demande dix minutes de mise en place et un comptage unique.
- Prélevez un échantillon représentatif du lot, en mélangeant plusieurs petites prises faites à des endroits différents du sac ou du tas. Un échantillon pris en surface ne dit rien du fond du sac.
- Faites le test après le nettoyage du lot si vous voulez un résultat exact. Si vous soupçonnez une germination franchement mauvaise, testez avant de payer un nettoyage inutile.
- Comptez trois lots de 100 graines. Trois répétitions, pas une seule : c’est la moyenne qui compte.
- Disposez chaque lot en grille de 10 sur 10 sur quatre feuilles de papier absorbant humide, posées sur un plateau ou une assiette. Variante pour les grosses graines : semez à 2 à 3 cm de profondeur dans un plateau rempli de sable ou de terreau de semis.
- Maintenez la température entre 20 et 25 °C environ, avec le moins de variation possible. Un endroit couvert et ombragé, à l’intérieur, fait l’affaire.
- Arrosez doucement, sans détremper. Couvrez le plateau ou enfermez-le dans un sac pour limiter l’évaporation, vérifiez régulièrement et réhumidifiez légèrement.
- Gardez les tests sur papier à l’obscurité, ou sous un linge sombre.
- Comptez entre 7 et 10 jours pour les légumineuses.
Ce qui se compte et ce qui ne se compte pas
C’est ici que la plupart des tests faits à la ferme donnent un résultat trop optimiste. Agriculture Victoria est explicite : on ne compte que les plantules normales, vigoureuses et saines.
Sont écartées du comptage les plantules malades, décolorées, tordues ou déformées, ainsi que celles qui n’ont pas de racine. Une graine qui a gonflé et émis un germe avorté n’est pas une graine germée. De même, il ne faut pas attendre les retardataires : les plantules qui sortent après la date de comptage sont généralement faibles, et au champ elles ne donneront pas un pied productif.
Le calcul est immédiat. Sur 100 graines, 87 plantules normales donnent 87 % de germination. Faites la moyenne de vos trois répétitions.
Lire le résultat : les seuils de décision
Les seuils publiés par Agriculture Victoria pour les légumineuses et les céréales :
- Au-dessus de 80 % : le lot convient au semis.
- Entre 70 et 80 % : faites analyser le lot en laboratoire avant de l’engager.
- En dessous de 70 % : ne semez pas ce lot.
Une précision utile pour un lot de niébé récolté récemment : si le test a été fait peu après la récolte, refaites-le plus près de la date de semis. Le pouvoir germinatif évolue pendant les premières semaines de conservation, et c’est le chiffre du moment du semis qui décide.
Convertir la germination en dose de semis
Un lot à 80 % de germination semé à la dose normale met en terre 20 % de graines qui ne donneront rien. La correction se fait avec la notion de semence pure vivante, que Dan Undersander expose pour le service de vulgarisation de l’Université du Wisconsin-Madison.
Le calcul se fait en deux temps. D’abord la part réellement vivante du sac :
Semence pure vivante (%) = germination (%) x pureté (%) / 100
La pureté est la proportion du poids du sac qui est effectivement de la graine, le reste étant débris, poussière et graines étrangères. L’exemple donné par l’Université du Wisconsin : 95 % de germination et 66 % de pureté donnent 62,7 % de semence pure vivante, soit 62,7 kg de graine vivante pour 100 kg de sac.
Ensuite la dose corrigée :
Dose corrigée = dose visée / semence pure vivante (%) x 100
L’exemple de la même source : avec 70 % de semence pure vivante et une cible de 10 unités de poids par unité de surface, il faut en semer 14,3. Sans cette correction, le peuplement arrive environ 40 % en dessous de la cible. L’Université du Wisconsin conseille d’appliquer la correction dès que la dose recalculée descend sous 85 % de la dose recommandée.
Appliqué au niébé, avec la dose de 20 kg par hectare que l’IITA retient pour un niébé semi-érigé en écartement de 75 sur 20 cm : un lot à 85 % de germination et 98 % de pureté donne 83,3 % de semence pure vivante, donc 24 kg par hectare. Le même objectif avec un lot à 70 % de semence pure vivante demande 28,6 kg par hectare. Ce calcul est le nôtre, appliqué à la dose publiée par l’IITA et à la formule de l’Université du Wisconsin.
Les doses de base du niébé selon le type
Le guide de production du niébé en Afrique de l’Ouest publié par l’IITA, signé Dugje, Omoigui, Ekeleme, Kamara et Ajeigbe en 2009, donne les doses et les écartements par type de plante. Ce sont ces valeurs qui servent de point de départ avant correction.
| Type de niébé | Précocité | Écartement | Dose de base |
|---|---|---|---|
| Érigé | Extra-précoce | 50 x 20 cm | 25 kg/ha |
| Semi-érigé | Précoce à moyen | 75 x 20 cm | 20 kg/ha |
| Rampant | Moyen à tardif | 75 x 30 cm | 16 kg/ha |
| Rampant | Tardif | 75 x 50 cm | 12 kg/ha |
Le guide résume la fourchette générale à 12 à 25 kg par hectare, selon la variété, la grosseur de la graine, le système de culture et la viabilité du lot. Cette dernière mention est la raison d’être du test : la viabilité est le seul des quatre facteurs que vous pouvez mesurer vous-même, à la ferme, en dix jours.
La logique est la même que pour le matériel de plantation végétatif, où la densité se calcule aussi avant la commande. Nous l’avons traitée pour une autre culture dans notre article sur le nombre de boutures de manioc par hectare.
Ce qui se voit à l’œil sur un lot
Le test mesure ce que l’œil ne voit pas, mais il ne remplace pas le tri visuel. Le guide de l’IITA demande de sélectionner les bonnes graines, sans trous de perforation et sans rides. Un trou rond signale un passage de bruche, et une graine ridée a perdu de l’eau ou a été récoltée immature.
Deux repères complètent le tri :
- La teneur en eau de conservation doit rester sous 10 % selon le même guide. Un lot conservé plus humide perd sa germination et moisit.
- Le guide recommande de traiter les semences avant le semis pour améliorer la levée et protéger les jeunes plants des insectes et des champignons du sol.
Dans la pratique, triez d’abord, testez le lot trié, et calculez la dose sur le résultat du lot trié. Tester un lot non trié puis semer le lot trié revient à sous-estimer la germination, et à semer trop dense.
Après le test : profondeur et densité au semis
La dose corrigée ne sert à rien si la mise en terre gâche la levée. Les repères de l’IITA :
- Profondeur de semis de 2,5 à 5 cm. Au-delà de 5 cm, la levée est retardée, la graine pourrit plus facilement et le peuplement devient irrégulier.
- Trois graines par poquet, puis démariage à 2 plants par poquet deux semaines après le semis.
- Écartements : 50 cm entre les lignes et 20 cm sur la ligne pour les variétés érigées, surtout celles de 60 à 70 jours. Pour les semi-érigées, 75 cm entre les lignes et 25 à 30 cm sur la ligne dans le texte du guide, 20 cm dans son tableau des doses. Pour les rampantes, 75 sur 50 cm, écartement également retenu en association ou en culture dérobée avec une céréale.
- Cycles : 60 à 69 jours pour une variété extra-précoce, 70 à 79 jours pour une précoce, 80 à 89 jours pour une variété moyenne, 90 à 120 jours pour une tardive.
Sur les dates de semis, le guide raisonne par rapport à l’installation des pluies plutôt que par zone agroécologique. Quand les pluies démarrent en mai, il place le semis du niébé érigé en deuxième semaine d’août et celui du semi-érigé en première semaine. Quand elles démarrent en juin ou juillet, il recommande fin juillet pour l’érigé comme pour le semi-érigé, et la première semaine d’août pour le rampant, qui a besoin de rosée.
Après le semis, la conservation de l’humidité du lit de semence décide de la régularité de la levée autant que la profondeur. C’est le rôle du paillage, dont nous avons détaillé la pose et l’épaisseur dans notre article sur le paillage. Pour les cultures qui passent par un semis en pépinière avant repiquage, la logique du test est la même, appliquée aux plateaux : voyez notre guide de pépinière sous filet d’ombrage.
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Questions fréquentes
Combien de graines faut-il pour un test de germination ?
Trois lots de 100 graines, selon Agriculture Victoria. Les trois répétitions servent à lisser les écarts, et c’est leur moyenne qui donne le taux de germination du lot.
Au bout de combien de jours compte-t-on les plantules de niébé ?
Entre 7 et 10 jours, qui est l’intervalle de comptage retenu pour les légumineuses. Ne comptez pas les plantules qui sortent après cette date : elles sont généralement faibles.
À partir de quel taux de germination ne faut-il plus semer un lot ?
En dessous de 70 %, le lot ne doit pas être semé. Entre 70 et 80 %, Agriculture Victoria demande une analyse en laboratoire. Au-dessus de 80 %, le lot convient.
Comment corriger la dose de semis après un test de germination ?
Calculez la semence pure vivante, soit germination multipliée par pureté et divisée par 100, puis divisez la dose visée par ce pourcentage et multipliez par 100. Exemple appliqué au niébé : 20 kg par hectare visés avec 83,3 % de semence pure vivante donnent 24 kg par hectare.
Quelle est la dose de semence de niébé à l’hectare ?
Entre 12 et 25 kg par hectare selon l’IITA, en fonction du type de plante, de la grosseur de la graine, du système de culture et de la viabilité du lot. Un niébé semi-érigé en 75 sur 20 cm part de 20 kg par hectare.
À quelle profondeur semer le niébé ?
De 2,5 à 5 cm selon l’IITA. Au-delà de 5 cm, la levée est retardée et le peuplement devient irrégulier.


