Publié : 3 juillet 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

Le guide de lutte intégrée publié par la FAO en 2018 énonce une phrase que la plupart des traitements manqués ignorent : l’insecticide doit atteindre la larve dans le cornet, et pulvériser au pulvérisateur à dos sans y faire pénétrer la bouillie est souvent inefficace. C’est le point de départ de cet article. Lutter contre la chenille légionnaire d’automne, Spodoptera frugiperda, ne consiste pas à choisir un produit : cela consiste à dépister au bon rythme, à décider sur un seuil chiffré, puis à placer la bouillie au bon endroit, au bon stade, avec un pulvérisateur réglé pour cela. Vous trouverez ci dessous le cycle du ravageur, la méthode de dépistage, les seuils par stade du maïs, et la conduite de la pulvérisation.

Le cycle du ravageur commande le calendrier d’intervention

Les durées qui suivent sont celles du guide de la FAO de 2018, consacré à la gestion intégrée de la légionnaire sur maïs dans les champs écoles de producteurs en Afrique.

Toujours selon la FAO, une femelle dépose en conditions chaudes 6 à 10 pontes de 100 à 300 œufs chacune, soit un maximum de 1 500 à 2 000 œufs sur sa vie. Le guide de lutte intégrée publié par le CIMMYT en 2018 ajoute deux éléments décisifs pour comprendre les réinfestations : l’aire d’hôtes du ravageur compte plus de 80 plantes recensées, avec une préférence nette pour les graminées, et les papillons migrateurs peuvent franchir plus de 500 km avant de pondre. Une parcelle protégée au milieu d’un bassin non surveillé reste donc exposée.

La conséquence pratique est simple : entre une ponte et une larve hors d’atteinte au fond du cornet, il s’écoule moins de trois semaines. Le rythme de passage dans la parcelle décide de tout le reste.

Reconnaître les dégâts avant de décider

Sur maïs jeune et au stade cornet, trois signes se lisent ensemble :

En dépliant le cornet, la larve se reconnaît à ses trois lignes blanches longitudinales sur le dos et au motif en Y inversé blanc sur la face du crâne. Sur épi en formation, la chenille pénètre par la soie ou par l’apex et souille les grains.

À ne pas confondre : des galeries dans la tige désignent un foreur, Sesamia calamistis ou Busseola fusca, et non la légionnaire ; des rassemblements massifs en bandes évoquent la légionnaire africaine, Spodoptera exempta ; un dégât en bordure de feuille sans excréments au centre vient d’une sauterelle. La méthode de lecture des symptômes est la même sur toute culture, et nous l’avons détaillée sur un autre exemple dans Ravageurs du gombo : du dépistage au traitement.

Épi de maïs et feuilles à inspecter pour repérer la chenille légionnaire

Dépistage : où regarder, combien de plants, à quelle fréquence

Le guide du CIMMYT décrit la méthode d’échantillonnage de façon opérationnelle : entrez d’environ 5 mètres dans la parcelle en évitant les rangs de bordure, arrêtez vous à 5 emplacements, et examinez 10 à 20 plants à chaque arrêt. Le parcours en W fonctionne bien jusqu’à la floraison mâle. Au delà, sur un couvert dense, le guide recommande le parcours en échelle.

La fréquence vient du guide de la FAO : deux visites par semaine pendant toute la phase végétative, puis une visite par semaine ou tous les 15 jours aux stades plus tardifs. À chaque passage, comptez les plants portant des dégâts frais dans le cornet, et non le cumul des dégâts anciens, qui gonfle artificiellement le résultat.

Le piégeage à phéromone complète le dépistage en signalant les vols d’adultes avant que les dégâts n’apparaissent. Il indique une arrivée, pas un niveau de dégât : la décision de traiter se prend sur le comptage au champ, jamais sur le piège seul.

Les seuils d’intervention par stade du maïs

Le guide du CIMMYT publie des seuils exprimés en pourcentage de plants portant des dégâts typiques. Ce sont eux qui transforment un comptage en décision.

Stade du maïs Seuil retenu Fourchette
Cornet précoce, de la levée à V6 20 % des plants 10 à 30 %
Cornet tardif, de V7 à la floraison mâle 40 % des plants 30 à 50 %
Floraison et sortie des soies, de R1 à R3 20 % des plants, exploitations encadrées 10 à 30 %

Pour le stade R1 à R3, le guide recommande de ne pas traiter en petite exploitation, sauf avec un produit peu toxique compatible avec la préservation des auxiliaires. La logique est la même que pour la fertilisation : on mesure avant de dépenser. Nous avons développé ce raisonnement sur l’autre grand poste du maïs dans Faut-il une analyse de sol avant de fertiliser une parcelle de maïs ?.

Placer la bouillie dans le cornet : la partie que l’on rate

C’est ici que se jouent la plupart des échecs. La larve âgée se réfugie au fond du cornet, où elle est protégée par les feuilles enroulées. Le guide de la FAO est explicite : l’insecticide doit l’atteindre là, et une pulvérisation au pulvérisateur à dos qui ne fait pas pénétrer la bouillie dans le cornet est souvent inefficace. Le guide du CIMMYT précise de son côté que le placement dans le cornet est plus facile aux stades végétatifs précoces, quand l’opérateur n’a pas à pulvériser au dessus de sa tête.

Ce que cela impose en pratique sur une parcelle :

  1. Traiter tôt dans le cycle du maïs. Un plant au stade V4 présente un cornet ouvert et accessible par le dessus. Au stade cornet tardif, la même opération demande plus de volume et plus de soin pour un résultat moindre.
  2. Diriger la lance vers le bas, à l’aplomb du cornet. Une passe latérale mouille le feuillage et laisse la larve sèche. Avancez dans le rang, buse au dessus du plant.
  3. Choisir une buse à jet plein ou à cône creux plutôt qu’un jet plat large. L’objectif est de faire descendre la bouillie dans un entonnoir de quelques centimètres, pas de couvrir une surface.
  4. Calibrer le pulvérisateur avant le premier passage. Mesurez le débit d’une buse en une minute, mesurez votre vitesse de marche sur 25 mètres, et calculez le volume par hectare qui en résulte. Une buse usée débite davantage que sa valeur nominale et fausse la dose appliquée.
  5. Vérifier le volume déposé dans le cornet. Sur quelques plants témoins, dépliez le cornet après le passage : il doit être humide au fond. Si ce n’est pas le cas, augmentez le volume par plant avant d’augmenter la dose de produit.

Pour le moment de la journée, le guide du CIMMYT recommande d’appliquer en fin de journée, juste avant le crépuscule, une fois que les abeilles et les autres pollinisateurs ont regagné leurs ruches. Enfin, l’équipement de protection complet reste la règle : combinaison, gants, masque et lunettes, et stockage des produits sous clé, hors de portée des enfants et à l’écart des denrées.

Champ de maïs en pleine croissance exposé à la chenille légionnaire d'automne

Prévention agronomique : ce qui réduit la pression avant tout traitement

Le calendrier complet dans lequel ces décisions s’insèrent est détaillé dans Les étapes de la culture du maïs.

Biocontrôles et gestion de la résistance

Le guide de la FAO cite le neem parmi les produits botaniques utilisables, et signale que les pulvérisations à base de Bacillus thuringiensis restent d’une disponibilité limitée en Afrique. Quand ces solutions sont accessibles, elles ciblent les larves jeunes et se placent donc tôt, dès les premières pontes repérées au dépistage.

Pour les matières actives de synthèse, le guide du CIMMYT donne deux consignes de gestion de la résistance, à appliquer sans exception : alterner la matière active avec des produits ayant un mode d’action différent tous les 30 jours, et éviter de traiter des générations successives du ravageur avec la même matière active. Le choix des produits se fait parmi ceux homologués dans votre pays, et cette liste change : faites la vérifier avant la campagne.

Récapitulatif opérationnel

  1. Semis précoce et groupé, rotation avec une légumineuse, résidus enfouis après récolte.
  2. Dépistage deux fois par semaine en phase végétative, 5 arrêts de 10 à 20 plants, parcours en W.
  3. Décision sur seuil : 20 % des plants de la levée à V6, 40 % de V7 à la floraison mâle.
  4. Traitement dirigé dans le cornet, pulvérisateur calibré, application en fin de journée.
  5. Rotation des modes d’action tous les 30 jours, jamais deux générations successives avec la même matière active.
  6. Contrôle du résultat en dépliant quelques cornets après le passage.

JOGOO fournit les pulvérisateurs, les buses et les équipements de protection, et établit des plans phytosanitaires sur produits homologués localement. Voyez la page Protection des cultures, la page Conseil et ingénierie agricole pour un diagnostic au champ, ou la page Contact pour un devis. Sur un bassin de production entier, la surveillance collective s’organise dans le cadre de nos projets agricoles clé en main.

Sources

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la chenille légionnaire d’automne ?

La chenille légionnaire d’automne, Spodoptera frugiperda, est un ravageur lépidoptère dont l’aire d’hôtes compte plus de 80 plantes recensées, avec une nette préférence pour les graminées, d’après le guide de lutte intégrée publié par le CIMMYT en 2018. Selon le guide de la FAO de 2018, les œufs éclosent en 2 à 3 jours, la larve passe 6 stades en 12 à 20 jours, la nymphe vit 12 à 14 jours et le papillon 2 à 3 semaines. Une femelle pond 6 à 10 pontes de 100 à 300 œufs, soit 1 500 à 2 000 œufs au maximum.

Comment reconnaître les dégâts de Spodoptera frugiperda sur maïs ?

Sur maïs jeune, les dégâts caractéristiques sont des trous en série régulière sur les feuilles fraîchement déroulées, des excréments granuleux accumulés dans le cornet et un cornet déchiqueté. En dépliant le cornet on trouve la larve, à trois lignes blanches longitudinales sur le dos et un motif en Y inversé blanc sur la face du crâne. Les galeries dans la tige, elles, désignent un foreur et non la légionnaire.

À partir de quel niveau de dégâts faut-il traiter une parcelle de maïs ?

Le guide du CIMMYT retient 20 % de plants portant des dégâts typiques au stade cornet précoce, de la levée à V6, avec une fourchette de 10 à 30 %, et 40 % au stade cornet tardif, de V7 à la floraison mâle, avec une fourchette de 30 à 50 %. À la floraison et à la sortie des soies, de R1 à R3, le seuil redescend à 20 % pour les exploitations encadrées, et le guide recommande de ne pas traiter en petite exploitation sauf avec un produit peu toxique.

Pourquoi un traitement au pulvérisateur à dos reste-t-il parfois sans effet ?

Parce que le produit n’atteint pas la larve. Le guide de la FAO de 2018 indique que l’insecticide doit atteindre la larve dans le cornet et que pulvériser au pulvérisateur à dos sans y faire pénétrer la bouillie est souvent inefficace. Le guide du CIMMYT ajoute que le placement dans le cornet est plus facile aux stades végétatifs précoces, quand l’opérateur n’a pas à pulvériser au dessus de sa tête.

À quel moment de la journée faut-il traiter ?

Le guide du CIMMYT recommande d’appliquer les insecticides en fin de journée, juste avant le crépuscule, une fois que les abeilles et les autres pollinisateurs ont regagné leurs ruches.

Combien de fois peut-on utiliser la même matière active dans la saison ?

Le guide du CIMMYT donne deux consignes de gestion de la résistance : alterner la matière active avec des produits ayant un mode d’action différent tous les 30 jours, et éviter de traiter des générations successives du ravageur avec la même matière active. Le choix des produits doit se faire parmi ceux homologués dans votre pays.

Pour aller plus loin

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