L’erreur qui coûte la première récolte d’une serre conduite hors sol se commet avant la plantation : poser les sacs de substrat à plat sur un sol nu, sans pente et sans collecte du drainage. Le substrat se gorge d’eau par le bas, les racines asphyxient dans les derniers centimètres, et la solution nutritive s’en va dans le sol au lieu d’être mesurée. Le matériel à mettre en place avant le premier plant se résume à ceci : un support avec pente, des sacs ou des bacs contenant le bon volume par plant, un goutteur par plant, une récupération du drainage, et un conductivimètre doublé d’un pH-mètre.
Le matériel à monter avant le premier plant
L’ordre de montage n’est pas indifférent. Chaque pièce conditionne le réglage de la suivante, et revenir en arrière une fois les plants en place coûte une saison.
- Le support : une table, une planche surélevée ou un lit de sable damé, avec une pente régulière dans le sens de la longueur. Le manuel de production légumière sous serre de l’Université de Floride retient une pente d’environ 1 pouce pour 100 pouces de longueur sur les canaux à flux de solution, soit 1 %. Cette valeur sert de plancher : en dessous, le drainage stagne.
- Le contenant : sac de culture, bac ou gouttière. Les bacs décrits par le même manuel font 15 à 20 cm de profondeur pour 45 à 75 cm de largeur. Les sacs à plat tiennent environ un demi-pied cube de substrat, en film polyéthylène de 4 millièmes de pouce, et reçoivent jusqu’à trois plants de tomate ou deux plants de concombre.
- Le substrat, en quantité calculée par plant, et non au sac.
- La rampe d’irrigation et les goutteurs, un par plant, posés avant la mise en place des mottes.
- La collecte du drainage : une gouttière, un tuyau de reprise et un récipient gradué au point bas de chaque rang.
- Les instruments de mesure : conductivimètre et pH-mètre, étalonnés avant le premier arrosage.
Le choix du matériau de substrat se traite à part, et il se fait avant la commande des sacs : la densité, la rétention d’eau et la durée de vie de la coco, de la balle de riz ou du sable ne se ressemblent pas. Nous l’avons détaillé dans le comparatif des substrats pour une culture hors sol sous serre.
Le volume de substrat par plant
C’est le chiffre qui décide de tout le reste, parce qu’il fixe la réserve d’eau disponible entre deux arrosages. Deux références, deux ordres de grandeur, et la différence s’explique.
La fiche de perfectionnement sur les cultures hors sol publiée par la Direction du Développement Rural de la province Sud de Nouvelle-Calédonie retient environ 5 litres de substrat par plant pour les légumes-fruits, à raison de 3 plants par sac de fibre de coco, et 3 à 4 litres par plant pour les légumes-feuilles, à 4 ou 5 plants par sac. L’aubergine, le poivron et la tomate entrent dans la première catégorie.
Le manuel de l’Université de Floride est plus généreux : un tiers à un demi-pied cube de mélange par plant, soit environ 9 à 14 litres. Les deux chiffres se complètent. Un volume plus faible impose des arrosages plus fréquents et une surveillance plus serrée du drainage, et il pardonne moins une coupure de pompe. Sous un tunnel alimenté par un réservoir sur pompage solaire, où la fréquence d’arrosage dépend de l’ensoleillement, le volume haut achète de la marge. Si vous démarrez, visez le haut de la fourchette de la province Sud et au-delà.
Ce volume se vérifie une fois les sacs remplis, pas sur le bon de commande : remplissez un sac, pesez-le, comptez les plants qu’il recevra, et divisez.
Un goutteur par plant, et le débit qui va avec
La règle est simple et elle ne souffre pas d’exception en hors sol : un goutteur par plant. Un sac de trois plants reçoit donc trois goutteurs, ce que confirme la fiche de la province Sud, dont l’exemple de calcul travaille avec un débit de 2 litres par heure par goutteur.
Pourquoi cette règle est plus stricte qu’en pleine terre : il n’y a pas de sol pour redistribuer l’eau latéralement. Un plant privé de son goutteur ne reçoit rien, et le voisin reçoit le double. En pleine terre, le même défaut se traduit par une croissance irrégulière ; en hors sol, par une perte de pied.
Avec 2 litres par heure et 5 litres de substrat, un arrosage de dix minutes apporte environ 0,33 litre par plant. Faites le calcul pour votre propre débit avant de programmer le moindre cycle, et vérifiez le débit réel en recueillant l’eau d’un goutteur dans un récipient gradué pendant une minute, sur le premier et sur le dernier goutteur du rang. Un écart entre les deux signale une perte de pression sur la rampe, et se corrige avant la plantation. Les causes classiques de bouchage et de dérive de débit sont les mêmes qu’en maraîchage de plein champ, et nous les avons listées dans les erreurs qui font échouer les petits périmètres en goutte à goutte.
Récupérer 30 % de drainage, et le mesurer
En hors sol, le drainage sert d’instrument de mesure autant que d’évacuation. La fiche de la province Sud fixe l’optimum à 30 % du volume apporté. Autrement dit, sur 10 litres distribués à un rang, il faut en retrouver 3 au point bas.
Ce chiffre se lit dans les deux sens. Un drainage nettement inférieur à 30 % signifie que le substrat se charge en sels et que la zone racinaire s’assèche entre deux apports. Un drainage très supérieur gaspille de l’eau et de l’engrais, et lessive la réserve nutritive avant que la plante l’utilise.
La mesure se fait tous les jours, au même moment, avec un seau gradué sous la reprise d’un rang témoin. Mesurez aussi la conductivité du drainage et pas seulement son volume : c’est la comparaison entre la solution entrante et le drainage sortant qui raconte ce qui se passe dans le sac.
EC et pH : les deux mesures qui pilotent la culture
La conductivité électrique indique la concentration en sels de la solution, le pH sa disponibilité pour la plante. Les repères de la province Sud pour les légumes-fruits : une EC de 2,5 à 3 en saison chaude, de 2,8 à 3,5 en saison fraîche. Pour les légumes-feuilles, 1 à 1,5 en saison chaude et 1,2 à 2 en saison fraîche. Le pH optimal de la solution se situe entre 5,8 et 6,2.
La fiche du Center for Crop Diversification de l’Université du Kentucky, consacrée au choix des supports de culture en système hors sol, donne une fourchette un peu plus large pour la production hydroponique en général : un pH optimal compris entre 5,5 et 6,5.
Côté substrat, le manuel de l’Université de Floride fixe un seuil d’alerte : au-delà de 3,0 mmhos mesurés dans le support, l’excès de sels est installé et un rinçage à l’eau claire, sans engrais, est nécessaire. Pour les systèmes sur plateaux de démarrage, le même manuel demande que la concentration en sels solubles du support ne s’écarte pas de plus de 1,0 mmho de celle de la solution apportée. Ces deux valeurs donnent la limite au-delà de laquelle il faut agir, et non une cible à atteindre.
Une précision qui évite un faux diagnostic : une EC qui monte dans le drainage alors que la solution entrante n’a pas changé ne signale pas un problème d’engrais, mais un drainage insuffisant. Vérifiez le volume avant de toucher à la recette.
Combien d’arrosages par jour sous climat chaud
La fiche de la province Sud retient, pour les légumes-fruits, 6 arrosages par jour en saison chaude et 5 en saison fraîche. Pour les légumes-feuilles, 4 et 3. Ces fréquences correspondent à un volume d’environ 5 litres par plant : avec un contenant plus grand, on arrose moins souvent et plus longtemps.
Sous tunnel en Afrique de l’Ouest et du Centre, deux ajustements s’imposent. Le premier porte sur l’heure du dernier apport : la ventilation nocturne et l’humidité de l’air décident de l’état du feuillage au matin, et un arrosage tardif entretient la condensation. C’est le sujet traité dans notre article sur la condensation sous serre tunnel. Le second porte sur la coupure de courant ou de pompage : un hors sol sans réserve d’eau tampon ne tient pas une journée, et le réservoir se dimensionne en conséquence.
Pour la conduite détaillée d’une culture de rapport en hors sol, avec sa solution nutritive et son calendrier de taille, voyez la fiche sur la tomate hors sol sous serre.
Les erreurs d’installation les plus coûteuses
| Erreur | Ce qu’on observe | Correction |
|---|---|---|
| Sacs posés à plat sans pente | Base du sac saturée, racines brunes au fond | Reposer sur support avec 1 % de pente minimum |
| Pas de collecte du drainage | Impossible de savoir si on arrose trop ou trop peu | Gouttière et récipient gradué sur un rang témoin |
| Volume de substrat insuffisant | Flétrissement en milieu de journée malgré les arrosages | Augmenter le volume par plant ou réduire le nombre de plants par sac |
| Un goutteur pour deux plants | Un plant sur deux en retard, puis perdu | Un goutteur par plant, sans exception |
| Fentes de drainage faites après remplissage | Substrat délavé, fentes bouchées | Percer avant remplissage, en bas de flanc et non sous le sac |
| Instruments non étalonnés | Décisions prises sur des mesures fausses | Étalonner avant le premier arrosage, puis chaque semaine |
Un mot sur la durée de vie du matériel, parce qu’elle change le calcul d’un projet : selon le manuel de l’Université de Floride, la perlite et la laine de roche peuvent être réutilisées jusqu’à trois saisons. Le support, la rampe et les gouttières durent beaucoup plus longtemps que le substrat, et c’est la raison pour laquelle on ne lésine pas sur leur montage initial.
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Questions fréquentes
Quel volume de substrat faut-il par plant en hors sol ?
Environ 5 litres par plant pour les légumes-fruits comme l’aubergine, le poivron ou la tomate, et 3 à 4 litres pour les légumes-feuilles, selon la fiche de la province Sud de Nouvelle-Calédonie. Le manuel de l’Université de Floride va plus haut, de 9 à 14 litres par plant. Un volume plus grand pardonne mieux une coupure d’arrosage.
Combien de goutteurs faut-il par sac de culture ?
Un par plant. Un sac qui reçoit trois plants reçoit trois goutteurs. En hors sol, le substrat ne redistribue pas l’eau latéralement comme le fait un sol, donc un plant sans goutteur ne reçoit rien.
Quel drainage viser, et comment le mesurer ?
30 % du volume apporté, selon la fiche de la province Sud. Placez un seau gradué sous la reprise d’un rang témoin, mesurez chaque jour au même moment, et relevez aussi la conductivité du drainage et pas seulement son volume.
Quelle conductivité et quel pH pour la solution nutritive ?
Pour les légumes-fruits, une EC de 2,5 à 3 en saison chaude et de 2,8 à 3,5 en saison fraîche, avec un pH de 5,8 à 6,2 d’après la province Sud. L’Université du Kentucky retient une fourchette de pH de 5,5 à 6,5 pour l’hydroponie en général.
Peut-on réutiliser le substrat d’une saison à l’autre ?
Selon le manuel de l’Université de Floride, la perlite et la laine de roche se réutilisent jusqu’à trois saisons. La durée dépend de l’état sanitaire de la culture précédente et du tassement du matériau.
Faut-il une pente sous les sacs, et laquelle ?
Oui. Le manuel de l’Université de Floride retient environ 1 pouce pour 100 pouces de longueur, soit 1 %, sur les canaux à flux de solution. Traitez cette valeur comme un minimum, pas comme une cible.
Sources
- Direction du Développement Rural, province Sud de Nouvelle-Calédonie, Culture hors-sol, Perfectionnement 1 : solutions nutritives et irrigation, 2016
- Fenneman D., Sweat M., Hochmuth G., Hochmuth R., Production Systems, Florida Greenhouse Vegetable Production Handbook, vol. 3, HS785, UF/IFAS Extension
- Byrd S., Sharma S., Ying Q., Selecting Growing Media for Soilless Systems, CCD-TA-02, Center for Crop Diversification, University of Kentucky, 2025


