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La plantation de la pomme de terre se joue sur quatre décisions : la date, le plant, l’écartement et la fumure. Au Cameroun, la fiche de production et post production du MINADER (octobre 2024) fixe la plantation en février et mars dans les régions humides et en avril et mai dans les zones sahéliennes, au dessus de 1 200 m d’altitude, avec un écartement de 65 à 80 cm entre lignes et 25 à 30 cm sur la ligne. Le cycle dure de 100 jours à 3 mois et demi selon la variété.
Ce guide reprend l’itinéraire technique complet, de la préparation des plants à la conservation, avec les doses exactes par plant, le calendrier des buttages, le programme contre le mildiou, le compte d’exploitation officiel d’un hectare et les repères de plantation pour le potager en climat tempéré.
L’essentiel en 6 chiffres (MINADER, 2024)
- Altitude : plus de 1 200 m, température optimale 18 à 25 °C
- Plants : 1 200 à 2 000 kg par hectare selon le calibre
- Écartement : 65 à 80 cm entre lignes, 25 à 30 cm sur la ligne
- Profondeur : 5 à 7 cm en sol humide, 10 à 12 cm en sol sec
- Fumure de fond : 700 kg/ha de NPK 11 11 22 + 5,5 MgO
- Seuil de rentabilité : environ 12,4 t/ha au prix de 175 FCFA le kilo
1. Quand planter la pomme de terre en 2026
La pomme de terre n’est pas une culture de plaine tropicale. Trois conditions, fixées par le MINADER, commandent la date de plantation bien plus que le calendrier civil.
| Exigence | Valeur de référence (MINADER, 2024) |
|---|---|
| Altitude minimale | 1 200 m |
| Température | 16 à 28 °C, optimum 18 à 25 °C |
| Pluviométrie sur le cycle | 300 à 700 mm (besoin en eau total : 400 à 600 mm) |
| Ensoleillement | Abondant, parcelle sans ombrage |
Calendrier de plantation au Cameroun et en Afrique centrale
| Zone | Préparation du sol et plantation | Récolte indicative |
|---|---|---|
| Régions humides d’altitude (Ouest, Nord-Ouest, Sud-Ouest) | Février et mars | Mai à juillet |
| Zones sahéliennes d’altitude (Adamaoua, monts de l’Extrême-Nord) | Avril et mai | Juillet à septembre |
| Contre-saison irriguée | Selon disponibilité en eau | Environ 3 à 3,5 mois après plantation |
Les bassins de production identifiés par le MINADER sont Tibati, Dschang, Bangou, Bamenda, Mokolo et les sites montagneux du Sud-Ouest. Le budget officiel prévoit d’ailleurs jusqu’à deux campagnes par an sur la même parcelle lorsque l’eau le permet.
La logique est la même partout : caler le cycle sur une période où la culture reçoit assez d’eau et où les nuits restent fraîches pour la tubérisation. Si la pluviométrie attendue est inférieure à la fourchette, la date de plantation devient un choix d’irrigation et non un choix de saison. C’est là que se joue le rendement, et c’est l’objet de nos solutions d’irrigation et pompage.
Une filière nationale en pleine relance
Le Cameroun a produit 274 600 tonnes de pommes de terre en 2024 sur environ 16 088 hectares. Le Projet de développement durable des chaînes de valeur pomme de terre et patate douce (P2DCV2P), doté de 962 milliards de FCFA jusqu’en 2030, vise à porter le rendement de 12 à 20 tonnes par hectare dans six régions : Adamaoua, Extrême-Nord, Nord, Nord-Ouest, Sud-Ouest et Ouest. Pour situer la culture parmi les autres filières, voir notre panorama de l’agriculture au Cameroun.
2. Choisir sa variété et ses plants
La pomme de terre se multiplie par tubercules-semences (les « plants »), pas par graines. Le choix du plant est le premier facteur de rendement, et l’écart entre variétés est considérable.
Variétés recommandées par l’IRAD et le MINADER
| Variété | Rendement potentiel | Cycle | Tolérance |
|---|---|---|---|
| UNICA | 45 t/ha | 2,5 à 3,5 mois | Tolérante au mildiou |
| CHULU | 40 t/ha | 2,5 à 3,5 mois | Tolérante au mildiou |
| CIPIRA | 20 à 35 t/ha | Environ 100 jours | Tolérante au mildiou |
L’écart entre CIPIRA au bas de sa fourchette et UNICA dépasse le double, à itinéraire technique identique. CIPIRA reste intéressante pour son cycle court, qui permet de libérer la parcelle plus tôt ou de caser une seconde campagne. En climat tempéré, les variétés courantes sont Charlotte et Amandine pour la chair ferme, Bintje pour la friture, Désirée et Cara pour leur rusticité.
Plants certifiés : le premier poste de dépense
Dans le budget officiel d’un hectare, les plants représentent 1 125 000 FCFA sur 2 162 500 FCFA, soit 52 % du coût total (1 500 kg à 750 FCFA le kilo). C’est le poste qui pèse le plus, et celui sur lequel il ne faut pas rogner : un plant prélevé sur la récolte précédente accumule les viroses (enroulement des feuilles, mosaïques) et perd son potentiel dès les générations suivantes.
- Acheter des plants de base ou certifiés, étiquetés avec le nom du producteur, la variété, le calibre et l’organisme certificateur.
- Exiger un transport en cageots ou paniers, jamais en sacs, pour ne pas casser les germes.
- Le guide GIZ de 2019 recommande des plants de génération G1 ou G2 de 35 à 55 mm pour la consommation, et de moins de 40 mm pour les parcelles de multiplication.
La disponibilité du plant certifié est le goulot d’étranglement de la filière dans toute la sous-région. L’ISRA rappelle que la production sénégalaise est elle aussi limitée par l’indisponibilité de semences de qualité et par leur coût, car elles sont importées. C’est un poste à sécuriser avant même de fixer une date de plantation, auprès de notre service agrofournitures et intrants.
Quantité de plants à prévoir par hectare
| Calibre du plant | Nombre de tubercules/ha | Poids de plants/ha |
|---|---|---|
| 28 à 35 mm | 45 000 | 1 200 à 1 500 kg |
| 36 à 45 mm | 40 000 | 1 500 à 2 000 kg |

3. Préparer les plants : la pré-germination
Placer les plants en cageots, en une ou deux couches, dans un local clair, frais et aéré, à l’abri du soleil direct, quelques semaines avant la plantation. La lumière diffuse donne des germes courts, trapus et verts, qui résistent à la manipulation. La pré-germination accélère la levée et raccourcit la période pendant laquelle le tubercule reste exposé aux pourritures du sol.
- Germe en haut ou en bas ? Toujours germes vers le haut. Planté à l’envers, le germe doit contourner le tubercule, ce qui retarde la levée et affaiblit le pied.
- Germes trop longs et blancs ? C’est le signe d’un stockage dans l’obscurité et la chaleur. Les germes étiolés cassent à la plantation et chaque casse retarde la levée. Il vaut mieux planter délicatement sans les arracher, ou les remettre en lumière diffuse quelques jours pour qu’ils verdissent.
- Couper les gros tubercules ? Possible en conservant au moins deux yeux par morceau, mais chaque coupe est une porte d’entrée pour les pourritures. Sur une parcelle commerciale, le calibre adapté évite cette opération.
4. Choisir et préparer le sol
- Texture : sol riche en humus, meuble, profond, bien drainé et peu caillouteux. La pomme de terre ne supporte pas les sols lourds et hydromorphes. Une pente douce facilite le drainage.
- Réaction : sol légèrement acide. Éviter les sols calcaires, qui favorisent la gale commune.
- Historique de la parcelle : aucune solanacée (tomate, aubergine, poivron, piment, pomme de terre) au cours des 2 à 3 années précédentes. Le MINADER recommande de documenter l’historique de la parcelle sur 3 ans.
- Parcelles à écarter : celles contaminées par Ralstonia solanacearum (flétrissement bactérien) et celles infestées de souchet (Cyperus rotundus) ou d’amarante épineuse (Amaranthus spinosus).
- Matière organique : 2 à 5 tonnes par hectare de fumier ou de compost bien décomposé, à enfouir avant la plantation.
Le labour et le billonnage représentent à eux seuls 28 hommes-jours par hectare dans le budget officiel. C’est l’un des postes de main d’œuvre les plus lourds, que la mécanisation légère peut réduire sur les surfaces de plusieurs hectares.
5. Distance, schéma et profondeur de plantation
Distance de plantation
| Paramètre | MINADER (2024) | GIZ (2019) |
|---|---|---|
| Entre les lignes | 65 à 80 cm | 80 cm |
| Sur la ligne | 25 à 30 cm | 30 cm |
| Densité | 40 000 à 60 000 plants/ha | Environ 41 700 plants/ha |
L’écartement entre lignes ne se choisit pas seulement pour la densité : il doit laisser assez de terre entre les rangs pour les deux buttages. Un interligne trop serré oblige à racler la terre trop près des pieds et expose les tubercules au verdissement.
Schéma de plantation sur un hectare
Sur un hectare de 100 m sur 100 m, avec un interligne de 75 cm et un espacement de 30 cm sur la ligne :
- environ 133 lignes de 100 m (100 m ÷ 0,75 m) ;
- environ 333 plants par ligne (100 m ÷ 0,30 m) ;
- soit environ 44 400 plants, au cœur de la fourchette recommandée.
Planter en quinconce d’une ligne à l’autre n’est pas nécessaire en culture billonnée : l’important est que chaque billon reste rectiligne pour faciliter le buttage, le traitement et la récolte.
Profondeur de plantation
- Sols humides : 5 à 7 cm. Enterrer davantage expose le plant à l’asphyxie et aux pourritures.
- Sols secs : 10 à 12 cm, pour placer le tubercule dans un horizon qui conserve un peu de fraîcheur.
- Orientation : germes vers le haut, puis recouvrir sans compacter.

6. Fumure : quel engrais et quelle dose par plant
Le MINADER raisonne la fumure sur un objectif de 25 à 35 t/ha, soit des besoins de 134 kg d’azote, 77 kg de phosphore, 154 kg de potasse et 40 kg de magnésie par hectare. La potasse domine : c’est elle qui fait le calibre et la qualité de conservation du tubercule. Deux programmes sont proposés.
| Programme | Fumure de fond (à la plantation) | Fumure de couverture (1er sarclage, 30 à 40 jours) |
|---|---|---|
| Option 1 | NPK 11 11 22 + 5,5 MgO : 700 kg/ha, soit une boîte de sardine pour 7 plants | Urée : 125 kg/ha, soit 2,5 g par plant (une capsule de bière rase) |
| Option 2 | NPK 12 11 18 + 2,7 MgO : 300 kg/ha, soit 6 g par plant (une boîte de sardine bien pleine pour 16 plants) | 300 kg d’engrais complet (2 g par plant) + 200 kg d’urée |
Trois règles complètent ces doses :
- Placer l’engrais sous le plant ou à côté, jamais au contact direct du tubercule.
- Éviter les formules riches en azote de type 20 10 10 : l’excès d’azote pousse le feuillage, retarde la tubérisation et favorise la pourriture des tubercules en stockage.
- Éviter les engrais riches en chlore, qui dégradent la qualité du tubercule.
Un NPK équilibré de type 15 15 15 n’est donc pas la formule de référence sur cette culture. Le raisonnement par élément est détaillé dans notre guide du dosage du NPK 15 15 15 par culture, et le coût des sacs dans notre comparatif des prix des engrais NPK en 2026. Pour aller plus loin sur les apports complémentaires, voir notre guide des engrais NPK, foliaires et organiques et notre service fertilisation et nutrition végétale.
7. Buttage, sarclage et irrigation
Calendrier d’entretien
| Moment | Opération |
|---|---|
| Levée | Premier traitement préventif contre le mildiou en saison des pluies |
| 2 à 3 semaines après la levée | Premier buttage |
| 30 à 40 jours après la plantation | Premier sarclage + fumure de couverture azotée |
| 3 à 4 semaines après le premier buttage | Second buttage, avant la fermeture des rangs |
| Milieu de cycle à fin de cycle | Période de plus forte demande en eau |
| Fin de cycle | Arrêt de l’irrigation, puis défanage |
Le buttage
Chaque buttage remonte 10 à 15 cm de terre sur le collet. Il évite le verdissement des tubercules affleurants, qui accumulent de la solanine et deviennent impropres à la consommation, et il stimule la formation de tubercules le long de la tige enterrée. Le premier sarclage, 30 à 40 jours après la plantation, est le rendez-vous technique central de la campagne : il combine désherbage, remontée de terre et relance azotée au moment où la tubérisation démarre.
L’irrigation
Le besoin en eau total est de 400 à 600 mm par cycle, réparti en un tiers jusqu’à mi-cycle et deux tiers après, pendant le grossissement des tubercules. Le MINADER dimensionne un appoint d’irrigation de 600 à 1 000 m³ par hectare et par cycle. Le sol doit rester frais mais jamais saturé, et l’irrigation s’arrête avant la fin du cycle pour permettre la formation de la peau.
Le goutte-à-goutte est bien adapté à la pomme de terre billonnée : il apporte l’eau au pied sans mouiller le feuillage, ce qui limite le mildiou. Nos guides sur le système d’irrigation goutte-à-goutte, sur les erreurs qui font échouer les petits périmètres et sur le dimensionnement d’une pompe solaire détaillent la conception d’un réseau.
8. Mildiou, flétrissement bactérien et ravageurs
Le mildiou (Phytophthora infestans)
C’est l’ennemi principal en zone d’altitude humide, et la raison pour laquelle les trois variétés recommandées sont toutes sélectionnées pour leur tolérance. Le programme MINADER repose sur quatre points :
- planter une variété tolérante (CIPIRA, UNICA, CHULU) ;
- alterner un fongicide systémique (métalaxyl) et un fongicide de contact (mancozèbe), pour éviter les résistances ;
- respecter un intervalle de 2 semaines pour les systémiques ;
- démarrer les traitements dès la levée en saison des pluies, et à l’apparition des premiers symptômes en saison sèche.
Le budget officiel prévoit 5 kg de mancozèbe et 10 sachets de 100 g de métalaxyl par hectare. Le raisonnement est le même que sur la tomate : voir notre guide du mildiou de la tomate en climat tropical, dont le protocole s’applique à la pomme de terre.
Le flétrissement bactérien (Ralstonia solanacearum)
C’est la maladie la plus dangereuse : le pied flétrit entièrement, même en sol humide, et aucun produit ne le soigne. Le guide GIZ propose un test simple : couper une tige à la base et la plonger dans un verre d’eau claire. Si un filet blanchâtre s’en échappe « comme une fumée blanche », la plante est infectée et doit être arrachée en entier, avec ses tubercules. La prévention passe par les plants certifiés, la rotation, le nettoyage des outils, les pédiluves de désinfection et le choix de sites d’altitude.
Viroses et ravageurs
- Viroses : enroulement des feuilles ou mosaïques. Seule parade : un plant sain et la lutte contre les pucerons, cochenilles et aleurodes qui les transmettent.
- Au sol : gale commune, rhizoctone brun, taupins.
- En stockage : teigne de la pomme de terre, cochenilles et rongeurs.
Pour un programme de protection adapté à votre parcelle, notre équipe protection des cultures établit le calendrier de traitement et le choix des matières actives.
9. Défanage et récolte
- Maturité : jaunissement et flétrissement du feuillage, à partir de 100 jours pour CIPIRA et de 2,5 à 3,5 mois pour UNICA et CHULU.
- Défanage : couper ou arracher les fanes environ 2 semaines avant la récolte (GIZ), puis récolter 10 à 15 jours après le défanage (MINADER). Ce délai laisse la peau se raffermir.
- Test de maturité : la peau du tubercule doit résister à la pression du pouce.
- Récolte par temps sec, sur sol ressuyé, à la fourche ou à la houe, poquet par poquet sur petites surfaces.
- Manutention : ne jamais laisser tomber les tubercules de plus de 50 cm ; les chocs réduisent la durée de conservation.
- Premier tri au champ : écarter immédiatement les tubercules difformes, blessés ou malades.
- Ressuyage : laisser sécher les tubercules sous bâche, à l’abri du soleil direct et de la pluie.
- Transport : sacs propres et désinfectés, empilés sur 1 m de haut au maximum (environ 600 kg/m²).
10. Conservation et stockage
Une bonne conservation permet de vendre hors du pic de récolte, quand les prix remontent. Le MINADER fixe les conditions suivantes :
| Mode de stockage | Conditions | Durée |
|---|---|---|
| Chambre froide | 4 à 5 °C, 92 à 95 % d’humidité, avec inhibiteur de germination | 7 à 9 mois |
| Local sombre, nuits fraîches | Obscurité, aération, sans froid artificiel | 2 à 3 mois |
- Préparer le local une semaine avant : balayer, laver et désinfecter à l’eau de Javel, installer un pédiluve à l’entrée.
- Calibrer et écarter les tubercules anormaux avant l’entrée en stock.
- Stocker en clayettes propres de 20 à 25 kg au maximum.
- Humidité : sous 92 %, les tubercules se ramollissent et se rident.
- Inspection hebdomadaire : retirer les tubercules pourris, surveiller teigne, cochenilles, rongeurs, infiltrations et odeurs.
- Lumière : le stock de consommation reste dans l’obscurité, car la lumière provoque le verdissement. Seuls les plants destinés à la prochaine campagne sont conservés en lumière diffuse.
Côté débouchés, la pomme de terre se transforme en frites, chips, snacks, purées et farine, notamment pour l’alimentation infantile.
11. Rendement et rentabilité d’un hectare
La fiche du MINADER publie un compte d’exploitation pour un hectare de pomme de terre de consommation. C’est un chiffrage officiel, nettement plus prudent que les projections qui circulent sur cette culture.
Structure des coûts (1 ha, première année)
| Poste | Montant (FCFA) | Part du total |
|---|---|---|
| Plants (1 500 kg à 750 FCFA) | 1 125 000 | 52 % |
| Engrais (14 sacs de NPK + 3 sacs d’urée) | 430 000 | 20 % |
| Main d’œuvre (culture et récolte) | 347 500 | 16 % |
| Petit matériel (pulvérisateur, houes, fûts, sacs) | 158 500 | 7 % |
| Fongicides, insecticide, herbicide | 51 500 | 2 % |
| Fumier | 50 000 | 2 % |
| Total | 2 162 500 | 100 % |
Résultat officiel
| Indicateur | 1 campagne par an | 2 campagnes par an |
|---|---|---|
| Rendement retenu | 14 000 kg | 2 × 14 000 kg |
| Chiffre d’affaires (175 FCFA/kg) | 2 450 000 FCFA | 4 900 000 FCFA |
| Marge brute | 287 500 FCFA | 575 000 FCFA |
| Bénéfice net | 262 042 FCFA | 524 083 FCFA |
Ce que ces chiffres disent vraiment
Le seuil de rentabilité est proche. À 175 FCFA le kilo, il faut environ 12,4 tonnes par hectare (2 162 500 ÷ 175) pour couvrir les charges. Le rendement retenu, 14 tonnes, ne laisse qu’une faible marge de sécurité, et le rendement moyen national visé par le P2DCV2P part de 12 t/ha.
Le vrai levier est le rendement, pas le prix. Les variétés recommandées par le même document annoncent 20 à 45 t/ha. Sur une structure de charges largement fixe, chaque tonne supplémentaire tombe presque entièrement en marge : à 20 t/ha et au même prix, le chiffre d’affaires atteint 3 500 000 FCFA, soit environ 1 337 500 FCFA de marge avant le surcoût de récolte et de transport. Ce sont le plant certifié, la fumure potassique, la régularité de l’eau et la protection contre le mildiou qui font cette différence.
Le prix doit être justifié. Toute simulation bâtie sur un prix supérieur à 175 FCFA le kilo doit reposer sur un circuit de commercialisation réel (contrat avec un transformateur, vente hors saison grâce au stockage), pas supposé. La même logique d’écart entre rendement moyen et potentiel s’observe sur le manioc : voir ce qui sépare 7 t de 35 t à l’hectare.
Pour un projet de plusieurs hectares, notre équipe projets agricoles clé en main réalise l’étude de faisabilité, le dimensionnement de l’irrigation, le choix variétal et le suivi de campagne, et notre service conseil et ingénierie agricole peut auditer un compte d’exploitation existant.
12. Que planter après la pomme de terre
La règle du MINADER est simple : aucune solanacée sur la parcelle pendant 2 à 3 ans. Tomate, aubergine, poivron et piment partagent avec la pomme de terre le mildiou, le flétrissement bactérien et les parasites du sol. Les bonnes cultures de rotation sont celles d’une autre famille :
- Céréales : le maïs profite de l’arrière-effet de la fumure potassique et casse le cycle des maladies. Voir les étapes de la culture du maïs.
- Légumineuses (haricot, soja, arachide) : elles restituent de l’azote au sol pour la culture suivante.
- Choux et autres brassicacées : voir notre guide sur le paillage d’une planche de chou.
- À éviter : la tomate et le piment, qui relanceraient les mêmes maladies.
13. Au potager en climat tempéré
En France, en Belgique et en Suisse, la plantation de la pomme de terre s’étale de mars, sous voile ou tunnel pour les variétés précoces, à début juin pour les tardives. Le repère opérationnel est la fin du risque de gel : une gelée légère détruit le feuillage. Les jardiniers attendent généralement un sol réchauffé et ressuyé, qui ne colle plus aux outils.
- Distance au potager : environ 30 à 40 cm sur la ligne et 60 à 70 cm entre les lignes, pour garder la place de butter.
- Profondeur : une dizaine de centimètres, germes vers le haut.
- Pour débuter : choisir des plants certifiés pré-germés, une parcelle ensoleillée qui n’a pas porté de tomates l’année précédente, et butter dès que les tiges atteignent 15 à 20 cm.
Ces repères ne se transposent pas aux zones d’altitude tropicales, où c’est la pluviométrie et non le gel qui ferme la fenêtre de plantation.
Questions fréquentes
Quand planter les pommes de terre en 2026 ?
En Afrique centrale d’altitude, en février et mars dans les régions humides et en avril et mai dans les zones sahéliennes, sur des sites situés au dessus de 1 200 m, selon la fiche MINADER d’octobre 2024. En climat tempéré, de mars pour les variétés précoces à début juin pour les tardives, une fois le risque de gel écarté.
Quelle distance de plantation pour la pomme de terre ?
65 à 80 cm entre les lignes et 25 à 30 cm sur la ligne, soit 40 000 à 60 000 plants par hectare selon le MINADER. Au potager, on compte plutôt 30 à 40 cm sur la ligne et 60 à 70 cm entre les lignes.
À quelle profondeur planter la pomme de terre ?
De 5 à 7 cm en sol humide et de 10 à 12 cm en sol sec, germes vers le haut, puis recouvrir sans compacter.
Faut-il planter la pomme de terre germe en haut ou en bas ?
Germes vers le haut. Planté à l’envers, le germe doit contourner le tubercule pour sortir, ce qui retarde la levée et affaiblit la plante.
À quelle altitude peut-on cultiver la pomme de terre ?
À partir de 1 200 m selon le MINADER, avec des températures de 16 à 28 °C et un optimum de 18 à 25 °C. En dessous, les nuits trop chaudes pénalisent la tubérisation et le risque de flétrissement bactérien augmente.
Combien de plants faut-il pour un hectare de pomme de terre ?
De 1 200 à 1 500 kg de tubercules-semences par hectare pour le calibre 28 à 35 mm (environ 45 000 tubercules), et de 1 500 à 2 000 kg pour le calibre 36 à 45 mm (environ 40 000 tubercules).
Quel engrais pour la pomme de terre et à quelle dose ?
Une formule à dominante potassique : 700 kg/ha de NPK 11 11 22 + 5,5 MgO à la plantation, soit une boîte de sardine pour 7 plants, puis 125 kg/ha d’urée au premier sarclage, soit 2,5 g par plant. Éviter les formules riches en azote et en chlore.
Quel rendement à l’hectare pour la pomme de terre ?
Les variétés recommandées au Cameroun annoncent 20 à 35 t/ha pour CIPIRA, 40 t/ha pour CHULU et 45 t/ha pour UNICA. Le compte d’exploitation officiel retient un rendement prudent de 14 t/ha, pour un seuil de rentabilité d’environ 12,4 t/ha à 175 FCFA le kilo.
Comment conserver les pommes de terre après la récolte ?
En chambre froide à 4 à 5 °C et 92 à 95 % d’humidité, la conservation atteint 7 à 9 mois avec un inhibiteur de germination. Dans un local sombre et aéré aux nuits fraîches, elle dure 2 à 3 mois. Stocker en clayettes de 20 à 25 kg et inspecter chaque semaine.
Que planter après la pomme de terre ?
Une culture d’une autre famille : maïs, légumineuses (haricot, soja, arachide) ou choux. Éviter toute solanacée (tomate, piment, aubergine, poivron) pendant 2 à 3 ans.
Sources
- MINADER, Fiche de production et post production de la pomme de terre, Secrétariat général, Cameroun, octobre 2024
- GIZ, Les bonnes pratiques agricoles de production de pomme de terre au Cameroun, Yaoundé, juin 2019
- EcoMatin, Cameroun : l’État mise sur un plan de 962 milliards FCFA pour booster sa production de pomme de terre et de patate douce
- ISRA, Production de pomme de terre, le LNRPV forme les producteurs de semences de la zone des Niayes, février 2023
Pour aller plus loin
- Culture de la patate douce : l’autre tubercule ciblé par le plan national P2DCV2P, adapté aux zones de basse altitude.
- Rendement du piment par hectare : autre solanacée, avec un budget et une marge brute chiffrés source par source.
- Culture maraîchère en Afrique : pour situer la pomme de terre parmi les spéculations rentables et leurs coûts.
- Engrais foliaire NPK : ce qu’un apport foliaire peut, et ne peut pas, corriger en cours de cycle.
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